La
fin du pétrole ?
L’augmentation en flèche
de la consommation mondiale
« Le monde s'apprête à affronter une crise
énergétique car la demande de pétrole continue
d'augmenter alors que la production est déjà à
son maximum », déclarait en juin 2005 le président
vénézuélien Hugo Chavez. Chavez, dont le
pays est le cinquième exportateur mondial de brut, affirme
que tous les membres de l'OPEP « produisent à plein
régime ». « Il y a une crise énergétique
au tournant, » a-t-il proclamé aux journalistes
à la fin du premier Sommet des Pays Sud-Américains
et Arabes, au Brésil.
En 2005, un peu moins de douze jours suffisent à consommer
un milliard de barils. La tendance qui se confirme au sein de
chaque pays, et donc avec un résultat nettement marqué
au niveau planétaire, montre un accroissement de la demande
pétrolière dans les trente ans à venir.
Le président de la branche exploration d’Exxon
Mobil a confirmé cette tendance de la consommation mondiale.
« A l’horizon 2015 » a-t-il déclaré
à ses actionnaires en 2003, « nous devrons trouver,
développer et produire un volume supplémentaire
de pétrole et de gaz équivalent à 8 barils
sur les 10 barils produits aujourd’hui ». C’est
que la consommation de pétrole pourrait presque doubler
d'ici 2050 avec l'augmentation de la population mondiale et
la croissance économique. Aujourd'hui, chaque habitant
de la Terre consomme en moyenne 1,7 tonne d'équivalent
pétrole (tep) par jour. Sur ces 1,7 tonnes, les hydrocarbures
(gaz naturel et pétrole) et le charbon fournissent 86
% de l'énergie utilisée, le nucléaire 6,5
%, l'hydraulique et les énergies renouvelables près
de 8 %. En France, la part du pétrole est de seulement
38,2 %. Si la part majeure de la consommation mondiale est imputée
aux transports (45%) et à la production d'énergie
(chauffage, électricité : 42%), le pétrole
est indispensable à la fabrication des bases pétrochimiques
(solvants, résines synthétiques, détergents,
engrais... ) et des plastiques (8% de la consommation).
La consommation américaine représente 26% de la
consommation mondiale (2,6% pour la France) et est désormais
majoritairement couverte par des importations, passées
de 9% de la consommation pétrolière domestique
entre 1959 et 1973, à 59% en 2003 et vraisemblablement
70% d’ici 2020 selon les estimations de l’AIE (Agence
Internationale de l’Energie). Les Etats-Unis ont un concurrent
sérieux comme consommateur et donc comme importateur
à l’horizon 2020, la Chine, actuellement troisième
consommatrice mondiale (6%, et 7% pour le Japon).
Selon des informations fournies par Reuters en avril 2005, les
besoins grandissants en pétrole en Chine, les limites
de la production et le peu de capacités excédentaires
entretiendront la volatilité des cours du pétrole
jusqu’en 2030, avec la possibilité de hausses jusqu’à
100 dollars le baril estime le Fonds monétaire international.
Le FMI prévoit que la Chine consommera en 2030 autant
de pétrole que les Etats-Unis aujourd’hui, soit
un quart environ de la production pétrolière mondiale.
Puisque les perspectives concernant une hausse des capacités
de réserve sont défavorables, le marché
restera probablement tendu et vulnérable aux chocs, poursuit
le FMI avec le sens de l’euphémisme. Tendu et vulnérable
?
La surestimation chronique des réserves
Les experts soulignent que les réserves réelles
de pétrole sont difficiles à estimer car les compagnies
pétrolières et les pays producteurs ont une tendance
naturelle à surévaluer les réserves pour
des raisons politiques ou économiques. Ainsi, pour les
pays de l'OPEP, le quota de production est directement indexé
sur les réserves prouvées. En termes concrets,
surévaluer leurs réserves leur ouvre la possibilité
de produire davantage et entraîne l’ouverture des
financements bancaires correspondants. « Les pays occidentaux
ne négocient pas avec les pays producteurs comme des
partenaires, pourquoi auraient-ils l’avantage de connaître
les détails sur les réserves des pays producteurs
? » disait Ihsan Bu-Hulaiga, un économiste et un
conseiller du gouvernement saoudien.
A ce phénomène s’ajoutent la révélation
de la surévaluation chronique des réserves non-OPEP
affichées par les grandes compagnies internationales,
et les perspectives d’une même découverte
à propos des réserves affichées par les
nations détentrices, Russie en tête.
La baisse des découvertes de
nouvelles réserves
D’après un article de Michael Ruppert en janvier
2005, l’année 2007 devrait être capitale,
c’est l’année où la production ne
satisferait plus la demande selon une étude publiée
dans Petroleum Review. L’étude porte sur des méga
projets : ceux ayant des réserves de l’ordre de
plus de 500 millions de barils et le potentiel de produire plus
de 100 000 barils/jour. La planète consomme un milliard
de barils de pétrole (ou 2 méga gisements) tous
les 11 à 12 jours. Le taux de découverte de méga
projets s’est réduit considérablement :
en 2000 :16 découvertes ; en 2001 : 8 ; et en 2002 seulement
3. Comme il s’écoule en général six
ans (au mieux, quatre s’il existe une infrastructure)
entre découverte et production, il se profile un sérieux
problème. En 2003, 7 nouveaux projets ont commencé
à produire, en 2004 : 11, 2005 est le sommet avec 18
projets attendus, en 2006 on chute à 11. Mais en 2007
seuls 3 nouveaux projets sont prévus pour entrer en production
suivis de 3 en 2008. Aucun nouveau projet n’est en piste
pour 2009 et 2010. Le tiers du pétrole consommé
sur la planète provient de champs qui s’épuisent
à un taux de 4% chaque année. La capacité
globale de production diminue de plus d’un million de
barils/jour, seules de nouvelles productions pourraient compenser
ce déclin. En 2003, selon une major du pétrole,
aucun méga gisement de l’ordre de 500 millions
de barils ou plus n’a été découvert.
En 2007 la capacité de production aura décliné
de 3 à 4 millions de barils/jour, compensés par
les 8 attendus des projets à venir dans les prochaines
années. Reste donc 4 millions de capacité d’épargne
mais étant donné que la demande globale augmente
de 1 million de barils/jour chaque année il suffit de
trois ans pour que le petit million d’économie
restant disparaisse, probablement avant 2008. Sauf de grandes
guerres ou destruction d’infrastructures, la fourniture
de pétrole est assurée jusqu’en 2007, avec
des baisses de prix possibles répondant à des
pics conjoncturels sur les marchés, mais les pénuries
devraient se produire à partir de 2007. Pire, si aucun
nouveau projet n’est trouvé, à la fin de
l’année de sévères pénuries
arriveront sans autre cause que la demande croissante, nous
avertit Ruppert.
Du point de vue du reporting financier des entreprises pétrolières,
explique Alexandre Wöstmann de l’ASPO, le remplacement
des stocks a pu être réalisé par acquisition
et révision, tout autant que par des découvertes
réelles. La plupart des grandes compagnies pétrolières,
excepté Shell, sont parvenues à obscurcir leur
échec à remplacer leur production par des découvertes
grâce à des fusions : Exxon-Mobil, Chevron-Texaco,
BP-Amoco-Arco, Total-Elf-Fina. Mais il semble que cet échappatoire
au confessionnal commence à se refermer, car, selon DataMonitor,
elles rapportent maintenant leurs remplacements insuffisants
des réserves : Chevron-Texaco 18% ; BP 89% ; ExxonMobil
83% ; et Shell 30-40%.
Le « Pic Pétrolier »
Le Pic pétrolier, « Peak Oil »,
désigne le moment où la production atteindra son
apogée. La période de décroissance de la
production qui s’ensuivra ouvrira probablement sur une
crise pétrolière mondiale. Si l’on peut
parler de pic de production pour un puits de pétrole
déterminé, il n’est pas évident de
transposer cette notion au marché global. Beaucoup de
gisements ont déjà atteint leur pic de production,
d’autres sont définitivement taris. Mais ce Pic
recouvre une réalité indéniable : le maximum
en terme de production, calculé sur une moyenne durant
une période qui ait un sens, un an par exemple. Le Pic
Pétrolier correspond au fait que les réserves
de pétrole conventionnel sont limitées et que
la demande en pleine croissance sera bientôt supérieure
aux capacités de production. Nous entrerons alors dans
une phase décroissante, une économie de pénurie.
Cependant, il est difficile d’évaluer les réserves
restantes. Certaines régions du monde ont été
peu explorées. De plus, les gisements actuellement exploités
contiennent potentiellement beaucoup de pétrole qu'on
ne sait pas encore extraire. Les taux actuels d'extraction ne
sont que d'environ 30% et certains pensent que les progrès
technologiques constitueront un facteur déterminant dans
l’avenir.
On distingue classiquement le pétrole conventionnel (celui
exploité actuellement) du pétrole non-conventionnel
(un pétrole qui pourrait être exploité dans
le futur si on disposait des technologies adaptées).
Parmi les nouveaux pétroles figurent le pétrole
subconventionnel, qui rassemble les ressources situées
dans les grands fonds marins et les zones arctiques. L’exploration
sous marine qui s’est longtemps limitée à
quelques dizaines de mètres de profondeur concerne aujourd’hui
des fonds compris entre 1500 et 3000 mètres. Les zones
les plus prometteuses se situent au large du Brésil et
de l’Angola mais les coûts de développement
et d’extraction restent chers. Les bruts extra lourds
et les sables asphaltiques ont une grande densité et
leur production, actuellement limitée, pourrait être
dopée par la raréfaction du brut conventionnel.
Les schistes bitumineux représentent un potentiel intéressant
mais encore une fois, les coûts et les impacts environnementaux
demeurent prohibitifs. Quant à la production d’hydrocarbure
à partir du gaz, techniquement envisageable, son évolution
est soumise à la valorisation des hydrocarbures liquides
par rapport au gaz, à la réduction des coûts
de fabrication, et au marché du gaz qui suit malheureusement
les aléas du marché pétrolier : raréfaction
et hausse des coûts.
Selon le scénario le plus optimiste de l’AIE (Agence
Internationale de l’Energie), le pic de production mondial
se situerait vers 2037 et les réserves mondiales sont
estimées à 40 années par le groupe BP.
D'après la compagnie pétrolière Total,
le pic de la production mondiale de pétrole interviendra
dans la décennie 2020. Mais selon l'ASPO (Association
for the Study of Peak Oil), il serait imminent, voir actuel.
Ce qui apparaît certain d’après les projections,
c'est que une fois le déclin de la production entamé,
la demande continuera de croître, ce qui conduira à
des tensions fortes et permanentes sur le marché du pétrole.
Jean-luc Wingert, auteur de La vie après le pétrole,
affirme qu’il est impossible d’empêcher un
choc pétrolier dans quelques années. Soit un choc
progressif, avec une hausse légère chaque année,
soit un choc brutal quand auront lieu les premiers problèmes
de livraison, ce qui peut arriver avant 2015. La seule voie
raisonnable, d’après l’auteur, serait de
faire baisser la consommation de 2% par an, sachant qu’il
y a de la même manière des risques de pénurie
en gaz naturel et en uranium. « Les gens attendent à
ce qu’une innovation résolve le problème,
mais c’est un mirage », dit Wingert en mettant le
doigt sur le véritable verrou mental qui empêche
la société de réagir normalement, c'est-à-dire
d’anticiper et de tirer les conclusions qui s’imposent.
Non, au contraire, au lieu de penser en terme de décroissance
et d’économie, nous accélérons et
fonçons tête baissée vers le mur, persuadés
que le miracle technologique, d’ici là, nous aura
développé des solutions palliatives. En réalité,
il est très difficile de savoir si des solutions existent,
de vraies solutions capables d’alimenter des villes, des
voitures, des avions, de fournir de l’électricité
et des matières semblables au plastiques et à
ses dérivés, et savoir si elles sont prêtes
à prendre le relais, car elles font partie de secrets
industriels ou militaires, mais, sans certitude sur cette question,
la société peut-elle prendre le risque de se retrouver
dans une impasse ? Avez-vous une idée de ce que représenterait,
pour les sociétés avancées, la coupure
de l’alimentation pétrolière, doublée
d’une raréfaction rapide de l’uranium et
du gaz ? Ce serait un cataclysme meurtrier, et qui aboutirait
probablement à des conflits militaires de forte intensité
autour des zones stratégiques.
L’imminence du Pic pétrolier
Un article de BBC News du 10 juin 2005, sous la plume d’Adam
Porter, évoque un rapport gouvernemental français
qui sort de l’ordinaire en osant parler pour la première
fois du Pic pétrolier. « Il y a quelques années,
seule une poignée de géologues et de scientifiques
considéraient la possibilité d’atteindre
le Pic global de production. Il apparaît à présent
que même les gouvernements jettent un coup d’œil
sur le sujet. La question occupe de plus en plus les esprits
dans le monde, c’est que le pic pourrait arriver prochainement.
Un rapport du gouvernement français (du ministère
de l’Economie, de l’Industrie et des Finances en
2004) sur l’industrie pétrolière évoque
la possibilité du Pic de production à l’horizon
2013. (…) Un an plus tôt, il était vain d’espérer
trouver mention du sujet chez les ministères ou les institutions
financières. A présent, même les banques
– telles que Goldman Sachs, Caisse D'Epargne/Ixis, Simmons
International ou la Bank of Montreal – abordent la question.
« Elles ont été forcées par les circonstances
», analyse le professeur Richard Heinberg, auteur de «
The Party's Over – La partie est terminée ».
« Elles ont fait confiance aux données optimistes
et aux prévisions souriantes qui se sont révélées
incorrectes ». Le rapport français, peut-être
le dossier gouvernemental le plus ouvert à l’heure
actuelle, interroge la viabilité de la production pétrolière
sur le long terme. (…) Il est vraiment inhabituel d’entendre
un gouvernement utiliser le vocable « Peak Oil »,
c’est le nom de la théorie qui prévoie un
point maximal de la production mondiale, après lequel
la production décline. Pour Chris Sanders, Directeur
de Sanders Research, le Pic pétrolier est la menace majeure
qui pèse sur nos économies modernes. « Les
gouvernements ont eu l’opportunité de prendre ce
problème à bras le corps, mais ils ne l’ont
pas fait. Maintenant, ils vont être forcés de réagir
parce que nous sommes très près du Pic ».
Cette phrase est dans le rapport français, elle n’y
est pas moins qu’à quatre reprises. (…) «
Un prix trop élevé et ruineux du pétrole
va forcer les gouvernements à s’attaquer au sujet
», énonce le professeur Heinberg. « Par exemple,
lorsqu’ils devront faire face à la faillite des
compagnies aériennes, et à l’ensemble de
l’industrie, cela les forcera à réagir,
mais il sera peut-être déjà trop tard. »
Un article de John Vidal dans le journal anglais
Guardian, du 21 Avril 2005, intitulé significativement
« Just Kiss your lifestyle goodbye » (dites adieu
à votre style de vie), argumente dans le sens d’une
arrivée imminente du Pic Pétrolier. « La
seule chose que les banquiers ne veulent pas entendre est que
la grande dépression est pour demain. Un groupe de financiers
suisses ultraconservateurs a posé la question à
un géologue anglais, spécialiste des questions
pétrolières, concernant la fin de l’ère
du pétrole. (…) Colin Campbell a passé la
majeure partie de sa vie à dans l’exploration pétrolière
sur trois continents. Il a occupé la position de géologue
en chef chez Amoco, a été vice-président
de Fina, et a travaillé pour BP, Texaco, Shell, Chevron
Texaco et Exxon dans une douzaine de pays différents.
(…) « De l’autre côté du Pic
Pétrolier s’ouvre une longue tendance à
la baisse. Le pétrole et le gaz dominent notre vie, et
leur déclin va changer radicalement la face du monde
d’une façon qu’il est impossible de prévoir
» dit-il. Campbell reconnaît que le pic de production
global du pétrole conventionnel approche rapidement,
peut-être le subirons-nous dès l’année
prochaine. Ses calculs sont basés sur les données
de production historique et actuelle, des chiffres sur les réserves
et les découvertes publiées par les compagnies
et les gouvernements, les estimations produites par la commission
américaine d’échange et de sécurité
(US Securities and Exchange Commission), des entretiens avec
les chefs des compagnies et sur une profonde connaissance du
terrain et de la façon dont l’industrie fonctionne.
« 944 milliards de barils de pétrole ont été
extraits, 764 milliards sont extractibles à partir des
gisements connus, ou des réserves, et quelque chose comme
142 milliards de réserves sont classées ‘prêtes
à être trouvées’, signifiant que du
pétrole est attendu là. Si cela est correct, alors
le Pic Pétrolier surviendra l’année prochaine
» a-t-il déclaré. Cela signifie qu’après
ce Pic, la production globale de pétrole va décliner
régulièrement de 2 à 3% par an, et que
le coût de la vie - allant des voyages à l’agriculture
en passant par le commerce, le plastique, et tout ce qu’on
peut imaginer - va augmenter. Et que la bataille pour le contrôle
des ressources pétrolières va s’intensifier.
Comme le dit un analyste américain « Dites adieu
à votre style de vie ». (…) Les compagnies
pétrolières – qui ne donnent pas d’estimation
publique de leur propre pic pétrolier – disent
qu’il n’y aura pas de pénurie de pétrole
et de gaz avant longtemps. « La planète contient
suffisamment de réserves prouvées pour 40 années
de fournitures, et au moins 60 ans pour le gaz au taux courant
de consommation » vient d’annoncer BP. (…)
Mais les travaux d’estimation des réserves pétrolières
sont contentieux et politiques. Selon Campbell, les compagnies
annoncent rarement leurs véritables découvertes
pour des raisons commerciales, tandis que les gouvernements
– qui possèdent 90% des réserves –
mentent souvent. La plupart des institutions, dit-il, sont loin
de faire des déclarations fiables. « Estimer les
réserves est un travail scientifique. Il y a une part
d’incertitude mais il n’est pas impossible d’obtenir
une bonne appréciation de ce que les gisements contiennent.
Chiffrer les réserves est avant tout un acte politique
». (…) Le point à souligner est que Campbell
comme d’autres analystes et géologues pétroliers,
dont la plupart ont été dans l’industrie
durant des années, accusent les américains de
se servir de modèles statistiques biaisés –
pour calculer les réserves globales – et les pays
de l’Opep de revoir de façon systématique
leurs réserves à la hausse depuis les années
80. « Les estimations des pays de l’Opep ont été
systématiquement exagérées dans les années
80 pour gagner une plus grande part du gâteau. Les réserves
officielles du Moyen-Orient ont grimpé de 43% en l’espace
de trois ans en dépit du fait qu’aucun nouveau
gisement majeur ne soit trouvé ». (…) D’après
un rapport du US Office of Petroleum Reserves, « les réserves
pétrolières mondiales vont être absorbées
trois fois plus rapidement que l’on va en découvrir
de nouvelles. Le pétrole est produit à partir
d’anciens gisements, mais les réserves ne sont
pas réalimentées. Les réserves restantes
des compagnies pétrolières vont continuer à
décroître. L’écart entre l’augmentation
de la production et l’amenuisement des découvertes
de nouveaux champs ne peut avoir qu’une issue : une limite
dans la production va être atteinte et la demande future
de pétrole conventionnel ne sera plus satisfaite ».
(…) En l’absence de discours officiel fiable et
sérieux, les géologues et les analystes se tournent
vers le grand-père de l’analyse pétrolière,
M King Hubbert, un géologue de la Shell qui démontra
mathématiquement en 1956 que l’exploitation de
n’importe quel champ de pétrole suivait une loi
prédictible, une courbe en cloche, lente à décoller,
qui se redresse abruptement, s’aplatit et descend ensuite
abruptement. Il réussit à prédire avec
exactitude que la production intérieure de pétrole
américain connaîtrait un pic dans les années
1970, quarante ans après la pointe du pic de découverte
situé dans les années 1930. Beaucoup d’analystes
pétroliers prennent maintenant au sérieux le modèle
du Pic de Hubbert, tandis que les compagnies font la grimace.
Des schémas similaires de pic de production ont été
décelés à propos des principaux champs
de pétrole à travers le monde. La première
découverte en mer du nord date de 1969, avec un pic de
découverte en 1973, et le Royaume Uni dépassa
son pic de production en 1999. La portion britannique du bassin
d’exploitation de la mer du nord est à présent
en sérieux déclin et le secteur Norvégien
s’est stabilisé. (…) Le groupe Herold (US
Wall street energy group Herold) a annoncé récemment
que les sept plus grands gisements vont tous commencer à
voir leur production décliner dans les quatre prochaines
années. (…) Selon Chris Zkrebowski, éditeur
de la revue Petroleum, un magazine mensuel publié par
l’Energy Institute de Londres, les réserves de
pétrole conventionnel déclinent dès à
présent, de 4 à 6% par an au niveau mondial. Il
rapporte que 18 grandes nations productrices, incluant la Grande-Bretagne,
et 32 mineures, voient leur production diminuer, tandis que
le Danemark, la Malaisie, Brunei, la Chine et l’Inde vont
atteindre leur pic de production dans les prochaines années.
« Nous devrions être alarmés. Le temps est
court et nous n’avons pas encore admis que nous avions
un problème », analyse Zkrebowski. « Le problème
est que le Pic arrivera en 2008 selon moi, et c’est demain
en terme de planning ». (…)
La consommation de l’Inde va croître de 30 % dans
les cinq seules prochaines années. La consommation chinoise
a augmenté de 17% l’an passé, et va doubler
dans les 15 ans qui viennent. C’est, disent la plupart
des géologues, presque inconcevable. Selon IHS Energy,
une société de consulting, 90% des réserves
connues sont en production, ce qui implique que des découvertes
majeures devraient être réalisées pour tenir
cet échéancier. Or « Toutes les découvertes
majeures datent des années 1960, depuis, les gisements
ont décliné graduellement », dit Campbell.
« Le monde entier a fait l’objet de recherches sismiques
et a été perforé de part en part. La connaissance
géologique s’est considérablement accrue
dans la dernière trentaine d’années et il
est pratiquement inconcevable qu’il reste des gisements
majeurs à découvrir ».
Le déclin de la production Saoudienne
Dans tous les cas de figure, pessimistes comme optimistes s’accordent
pour estimer que l’Arabie Saoudite va jouer un rôle
essentiel dans l’avenir proche. Non seulement ce pays
est le premier producteur de brut, mais il est également
le seul à disposer d’une capacité en réserve
suffisante pour accroître significativement sa production
en cas de crise (Swing Producer). Cette particularité
a permis d’éviter un choc pétrolier lors
de l’invasion du Koweit par l’Irak, par exemple,
quand le marché s’est brusquement trouvé
amputé de ces deux importants producteurs. La question
de l’apport futur du pétrole Saoudien, à
l’heure où la tension entre les Etats-Unis et l’Iran
monte de plusieurs crans, est plus décisive encore.
En 2004, les projections annuelles publiées par le ministère
américain de l’énergie prévoyaient
une augmentation mondiale de la demande de 57% entre 2001 et
2025. Pour y répondre, la production Saoudienne, principale
source du surplus, était censée croître
de 10,2 millions de bpj (barils par jour) à 22,5 millions
de bpj. Cet apport Saoudien est le point clé de la satisfaction
de la demande mondiale des 20 prochaines années. Mais
l’Arabie Saoudite est-elle vraiment en mesure d’augmenter
sa production sur le long terme ?
En février 2004, premier pavé dans la mare quand
le New York Times signala que les principaux champs pétrolifères
saoudiens étaient plus près de l’épuisement
qu’on ne le supposait. Second pavé, le livre de
Matthew Simmons publié en mai 2005 « Crépuscule
dans le désert, la future crise pétrolière
saoudienne et l’économie mondiale (Twilight in
the Desert : The Coming Saudi Oil Shock and the World Economy).
« Il est guère probable que l’Arabie Saoudite
soit jamais en mesure de livrer les quantités de pétrole
qu’on attend d’elle », affirme-t-il. «
La production saoudienne approche de son pic de production.(…)
Elle est susceptible d’entrer en déclin prochainement
». La force du livre tient à la notoriété
de son auteur : M.Matthew R. Simmons est président et
directeur général d’une banque d’investissement
pétrolier de premier rang mondial. La Simmons & Company
International investit des milliards dans le secteur énergétique,
finance la prospection et le développement des nouveaux
gisements à travers la planète. Ami de W.Bush
et de Chesney, il est l’un des meilleurs experts dans
le domaine de l’information pétrolière au
monde. D’ailleurs, son livre est une analyse technique
poussée – voire rébarbative - qui s’appuie
sur des documents saoudiens traitant de la production sur divers
champs : vieillissement des gisements, recours de plus en plus
fréquemment à la technique de l’injection
d’eau afin de maintenir la pression souterraine, augmentation
de la teneur en soufre du brut, etc… La majeure partie
du pétrole est extraite d’un petit nombre de gisements
gigantesques, qui ont été mis en exploitation
intensive depuis cinquante ans. Afin de maintenir des niveaux
de production élevés, les techniciens ont recours
à l’injection hydraulique afin de compenser les
chutes de pression dans les puits, or avec le temps, la croissance
de la proportion eau/pétrole va rendre l’extraction
impossible, analyse Simmons.
Les autorités commencent à prendre ce problème
au sérieux puisqu’en 2005, les projections annuelles
publiées par le ministère américain de
l’énergie (International Energy Outlook) prédisait
une augmentation de la production saoudienne à 16,3 millions
de bpj au lieu des 22,5 annoncés l’année
précédente. Aucune explication à ce revirement
n’a été fournie, mais on peut supposer que
les analystes politiquement corrects, les « optimistes
», ont déjà commencé à infléchir
la pensée officielle à Washington.
www.peakoil.net : informations sur le Pic pétrolier
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