Est-ce la fin du pétrole ?

Pomagalsky

 

La fin du pétrole ?

 

L’augmentation en flèche de la consommation mondiale

« Le monde s'apprête à affronter une crise énergétique car la demande de pétrole continue d'augmenter alors que la production est déjà à son maximum », déclarait en juin 2005 le président vénézuélien Hugo Chavez. Chavez, dont le pays est le cinquième exportateur mondial de brut, affirme que tous les membres de l'OPEP « produisent à plein régime ». « Il y a une crise énergétique au tournant, » a-t-il proclamé aux journalistes à la fin du premier Sommet des Pays Sud-Américains et Arabes, au Brésil.
En 2005, un peu moins de douze jours suffisent à consommer un milliard de barils. La tendance qui se confirme au sein de chaque pays, et donc avec un résultat nettement marqué au niveau planétaire, montre un accroissement de la demande pétrolière dans les trente ans à venir. Le président de la branche exploration d’Exxon Mobil a confirmé cette tendance de la consommation mondiale. « A l’horizon 2015 » a-t-il déclaré à ses actionnaires en 2003, « nous devrons trouver, développer et produire un volume supplémentaire de pétrole et de gaz équivalent à 8 barils sur les 10 barils produits aujourd’hui ». C’est que la consommation de pétrole pourrait presque doubler d'ici 2050 avec l'augmentation de la population mondiale et la croissance économique. Aujourd'hui, chaque habitant de la Terre consomme en moyenne 1,7 tonne d'équivalent pétrole (tep) par jour. Sur ces 1,7 tonnes, les hydrocarbures (gaz naturel et pétrole) et le charbon fournissent 86 % de l'énergie utilisée, le nucléaire 6,5 %, l'hydraulique et les énergies renouvelables près de 8 %. En France, la part du pétrole est de seulement 38,2 %. Si la part majeure de la consommation mondiale est imputée aux transports (45%) et à la production d'énergie (chauffage, électricité : 42%), le pétrole est indispensable à la fabrication des bases pétrochimiques (solvants, résines synthétiques, détergents, engrais... ) et des plastiques (8% de la consommation).
La consommation américaine représente 26% de la consommation mondiale (2,6% pour la France) et est désormais majoritairement couverte par des importations, passées de 9% de la consommation pétrolière domestique entre 1959 et 1973, à 59% en 2003 et vraisemblablement 70% d’ici 2020 selon les estimations de l’AIE (Agence Internationale de l’Energie). Les Etats-Unis ont un concurrent sérieux comme consommateur et donc comme importateur à l’horizon 2020, la Chine, actuellement troisième consommatrice mondiale (6%, et 7% pour le Japon).
Selon des informations fournies par Reuters en avril 2005, les besoins grandissants en pétrole en Chine, les limites de la production et le peu de capacités excédentaires entretiendront la volatilité des cours du pétrole jusqu’en 2030, avec la possibilité de hausses jusqu’à 100 dollars le baril estime le Fonds monétaire international. Le FMI prévoit que la Chine consommera en 2030 autant de pétrole que les Etats-Unis aujourd’hui, soit un quart environ de la production pétrolière mondiale. Puisque les perspectives concernant une hausse des capacités de réserve sont défavorables, le marché restera probablement tendu et vulnérable aux chocs, poursuit le FMI avec le sens de l’euphémisme. Tendu et vulnérable ?

 

La surestimation chronique des réserves

Les experts soulignent que les réserves réelles de pétrole sont difficiles à estimer car les compagnies pétrolières et les pays producteurs ont une tendance naturelle à surévaluer les réserves pour des raisons politiques ou économiques. Ainsi, pour les pays de l'OPEP, le quota de production est directement indexé sur les réserves prouvées. En termes concrets, surévaluer leurs réserves leur ouvre la possibilité de produire davantage et entraîne l’ouverture des financements bancaires correspondants. « Les pays occidentaux ne négocient pas avec les pays producteurs comme des partenaires, pourquoi auraient-ils l’avantage de connaître les détails sur les réserves des pays producteurs ? » disait Ihsan Bu-Hulaiga, un économiste et un conseiller du gouvernement saoudien.
A ce phénomène s’ajoutent la révélation de la surévaluation chronique des réserves non-OPEP affichées par les grandes compagnies internationales, et les perspectives d’une même découverte à propos des réserves affichées par les nations détentrices, Russie en tête.

 

La baisse des découvertes de nouvelles réserves

D’après un article de Michael Ruppert en janvier 2005, l’année 2007 devrait être capitale, c’est l’année où la production ne satisferait plus la demande selon une étude publiée dans Petroleum Review. L’étude porte sur des méga projets : ceux ayant des réserves de l’ordre de plus de 500 millions de barils et le potentiel de produire plus de 100 000 barils/jour. La planète consomme un milliard de barils de pétrole (ou 2 méga gisements) tous les 11 à 12 jours. Le taux de découverte de méga projets s’est réduit considérablement : en 2000 :16 découvertes ; en 2001 : 8 ; et en 2002 seulement 3. Comme il s’écoule en général six ans (au mieux, quatre s’il existe une infrastructure) entre découverte et production, il se profile un sérieux problème. En 2003, 7 nouveaux projets ont commencé à produire, en 2004 : 11, 2005 est le sommet avec 18 projets attendus, en 2006 on chute à 11. Mais en 2007 seuls 3 nouveaux projets sont prévus pour entrer en production suivis de 3 en 2008. Aucun nouveau projet n’est en piste pour 2009 et 2010. Le tiers du pétrole consommé sur la planète provient de champs qui s’épuisent à un taux de 4% chaque année. La capacité globale de production diminue de plus d’un million de barils/jour, seules de nouvelles productions pourraient compenser ce déclin. En 2003, selon une major du pétrole, aucun méga gisement de l’ordre de 500 millions de barils ou plus n’a été découvert. En 2007 la capacité de production aura décliné de 3 à 4 millions de barils/jour, compensés par les 8 attendus des projets à venir dans les prochaines années. Reste donc 4 millions de capacité d’épargne mais étant donné que la demande globale augmente de 1 million de barils/jour chaque année il suffit de trois ans pour que le petit million d’économie restant disparaisse, probablement avant 2008. Sauf de grandes guerres ou destruction d’infrastructures, la fourniture de pétrole est assurée jusqu’en 2007, avec des baisses de prix possibles répondant à des pics conjoncturels sur les marchés, mais les pénuries devraient se produire à partir de 2007. Pire, si aucun nouveau projet n’est trouvé, à la fin de l’année de sévères pénuries arriveront sans autre cause que la demande croissante, nous avertit Ruppert.
Du point de vue du reporting financier des entreprises pétrolières, explique Alexandre Wöstmann de l’ASPO, le remplacement des stocks a pu être réalisé par acquisition et révision, tout autant que par des découvertes réelles. La plupart des grandes compagnies pétrolières, excepté Shell, sont parvenues à obscurcir leur échec à remplacer leur production par des découvertes grâce à des fusions : Exxon-Mobil, Chevron-Texaco, BP-Amoco-Arco, Total-Elf-Fina. Mais il semble que cet échappatoire au confessionnal commence à se refermer, car, selon DataMonitor, elles rapportent maintenant leurs remplacements insuffisants des réserves : Chevron-Texaco 18% ; BP 89% ; ExxonMobil 83% ; et Shell 30-40%.

 

Le « Pic Pétrolier »

Le Pic pétrolier, « Peak Oil », désigne le moment où la production atteindra son apogée. La période de décroissance de la production qui s’ensuivra ouvrira probablement sur une crise pétrolière mondiale. Si l’on peut parler de pic de production pour un puits de pétrole déterminé, il n’est pas évident de transposer cette notion au marché global. Beaucoup de gisements ont déjà atteint leur pic de production, d’autres sont définitivement taris. Mais ce Pic recouvre une réalité indéniable : le maximum en terme de production, calculé sur une moyenne durant une période qui ait un sens, un an par exemple. Le Pic Pétrolier correspond au fait que les réserves de pétrole conventionnel sont limitées et que la demande en pleine croissance sera bientôt supérieure aux capacités de production. Nous entrerons alors dans une phase décroissante, une économie de pénurie.
Cependant, il est difficile d’évaluer les réserves restantes. Certaines régions du monde ont été peu explorées. De plus, les gisements actuellement exploités contiennent potentiellement beaucoup de pétrole qu'on ne sait pas encore extraire. Les taux actuels d'extraction ne sont que d'environ 30% et certains pensent que les progrès technologiques constitueront un facteur déterminant dans l’avenir.
On distingue classiquement le pétrole conventionnel (celui exploité actuellement) du pétrole non-conventionnel (un pétrole qui pourrait être exploité dans le futur si on disposait des technologies adaptées). Parmi les nouveaux pétroles figurent le pétrole subconventionnel, qui rassemble les ressources situées dans les grands fonds marins et les zones arctiques. L’exploration sous marine qui s’est longtemps limitée à quelques dizaines de mètres de profondeur concerne aujourd’hui des fonds compris entre 1500 et 3000 mètres. Les zones les plus prometteuses se situent au large du Brésil et de l’Angola mais les coûts de développement et d’extraction restent chers. Les bruts extra lourds et les sables asphaltiques ont une grande densité et leur production, actuellement limitée, pourrait être dopée par la raréfaction du brut conventionnel. Les schistes bitumineux représentent un potentiel intéressant mais encore une fois, les coûts et les impacts environnementaux demeurent prohibitifs. Quant à la production d’hydrocarbure à partir du gaz, techniquement envisageable, son évolution est soumise à la valorisation des hydrocarbures liquides par rapport au gaz, à la réduction des coûts de fabrication, et au marché du gaz qui suit malheureusement les aléas du marché pétrolier : raréfaction et hausse des coûts.
Selon le scénario le plus optimiste de l’AIE (Agence Internationale de l’Energie), le pic de production mondial se situerait vers 2037 et les réserves mondiales sont estimées à 40 années par le groupe BP. D'après la compagnie pétrolière Total, le pic de la production mondiale de pétrole interviendra dans la décennie 2020. Mais selon l'ASPO (Association for the Study of Peak Oil), il serait imminent, voir actuel. Ce qui apparaît certain d’après les projections, c'est que une fois le déclin de la production entamé, la demande continuera de croître, ce qui conduira à des tensions fortes et permanentes sur le marché du pétrole.
Jean-luc Wingert, auteur de La vie après le pétrole, affirme qu’il est impossible d’empêcher un choc pétrolier dans quelques années. Soit un choc progressif, avec une hausse légère chaque année, soit un choc brutal quand auront lieu les premiers problèmes de livraison, ce qui peut arriver avant 2015. La seule voie raisonnable, d’après l’auteur, serait de faire baisser la consommation de 2% par an, sachant qu’il y a de la même manière des risques de pénurie en gaz naturel et en uranium. « Les gens attendent à ce qu’une innovation résolve le problème, mais c’est un mirage », dit Wingert en mettant le doigt sur le véritable verrou mental qui empêche la société de réagir normalement, c'est-à-dire d’anticiper et de tirer les conclusions qui s’imposent. Non, au contraire, au lieu de penser en terme de décroissance et d’économie, nous accélérons et fonçons tête baissée vers le mur, persuadés que le miracle technologique, d’ici là, nous aura développé des solutions palliatives. En réalité, il est très difficile de savoir si des solutions existent, de vraies solutions capables d’alimenter des villes, des voitures, des avions, de fournir de l’électricité et des matières semblables au plastiques et à ses dérivés, et savoir si elles sont prêtes à prendre le relais, car elles font partie de secrets industriels ou militaires, mais, sans certitude sur cette question, la société peut-elle prendre le risque de se retrouver dans une impasse ? Avez-vous une idée de ce que représenterait, pour les sociétés avancées, la coupure de l’alimentation pétrolière, doublée d’une raréfaction rapide de l’uranium et du gaz ? Ce serait un cataclysme meurtrier, et qui aboutirait probablement à des conflits militaires de forte intensité autour des zones stratégiques.

 

L’imminence du Pic pétrolier

Un article de BBC News du 10 juin 2005, sous la plume d’Adam Porter, évoque un rapport gouvernemental français qui sort de l’ordinaire en osant parler pour la première fois du Pic pétrolier. « Il y a quelques années, seule une poignée de géologues et de scientifiques considéraient la possibilité d’atteindre le Pic global de production. Il apparaît à présent que même les gouvernements jettent un coup d’œil sur le sujet. La question occupe de plus en plus les esprits dans le monde, c’est que le pic pourrait arriver prochainement. Un rapport du gouvernement français (du ministère de l’Economie, de l’Industrie et des Finances en 2004) sur l’industrie pétrolière évoque la possibilité du Pic de production à l’horizon 2013. (…) Un an plus tôt, il était vain d’espérer trouver mention du sujet chez les ministères ou les institutions financières. A présent, même les banques – telles que Goldman Sachs, Caisse D'Epargne/Ixis, Simmons International ou la Bank of Montreal – abordent la question. « Elles ont été forcées par les circonstances », analyse le professeur Richard Heinberg, auteur de « The Party's Over – La partie est terminée ». « Elles ont fait confiance aux données optimistes et aux prévisions souriantes qui se sont révélées incorrectes ». Le rapport français, peut-être le dossier gouvernemental le plus ouvert à l’heure actuelle, interroge la viabilité de la production pétrolière sur le long terme. (…) Il est vraiment inhabituel d’entendre un gouvernement utiliser le vocable « Peak Oil », c’est le nom de la théorie qui prévoie un point maximal de la production mondiale, après lequel la production décline. Pour Chris Sanders, Directeur de Sanders Research, le Pic pétrolier est la menace majeure qui pèse sur nos économies modernes. « Les gouvernements ont eu l’opportunité de prendre ce problème à bras le corps, mais ils ne l’ont pas fait. Maintenant, ils vont être forcés de réagir parce que nous sommes très près du Pic ». Cette phrase est dans le rapport français, elle n’y est pas moins qu’à quatre reprises. (…) « Un prix trop élevé et ruineux du pétrole va forcer les gouvernements à s’attaquer au sujet », énonce le professeur Heinberg. « Par exemple, lorsqu’ils devront faire face à la faillite des compagnies aériennes, et à l’ensemble de l’industrie, cela les forcera à réagir, mais il sera peut-être déjà trop tard. »

Un article de John Vidal dans le journal anglais Guardian, du 21 Avril 2005, intitulé significativement « Just Kiss your lifestyle goodbye » (dites adieu à votre style de vie), argumente dans le sens d’une arrivée imminente du Pic Pétrolier. « La seule chose que les banquiers ne veulent pas entendre est que la grande dépression est pour demain. Un groupe de financiers suisses ultraconservateurs a posé la question à un géologue anglais, spécialiste des questions pétrolières, concernant la fin de l’ère du pétrole. (…) Colin Campbell a passé la majeure partie de sa vie à dans l’exploration pétrolière sur trois continents. Il a occupé la position de géologue en chef chez Amoco, a été vice-président de Fina, et a travaillé pour BP, Texaco, Shell, Chevron Texaco et Exxon dans une douzaine de pays différents. (…) « De l’autre côté du Pic Pétrolier s’ouvre une longue tendance à la baisse. Le pétrole et le gaz dominent notre vie, et leur déclin va changer radicalement la face du monde d’une façon qu’il est impossible de prévoir » dit-il. Campbell reconnaît que le pic de production global du pétrole conventionnel approche rapidement, peut-être le subirons-nous dès l’année prochaine. Ses calculs sont basés sur les données de production historique et actuelle, des chiffres sur les réserves et les découvertes publiées par les compagnies et les gouvernements, les estimations produites par la commission américaine d’échange et de sécurité (US Securities and Exchange Commission), des entretiens avec les chefs des compagnies et sur une profonde connaissance du terrain et de la façon dont l’industrie fonctionne. « 944 milliards de barils de pétrole ont été extraits, 764 milliards sont extractibles à partir des gisements connus, ou des réserves, et quelque chose comme 142 milliards de réserves sont classées ‘prêtes à être trouvées’, signifiant que du pétrole est attendu là. Si cela est correct, alors le Pic Pétrolier surviendra l’année prochaine » a-t-il déclaré. Cela signifie qu’après ce Pic, la production globale de pétrole va décliner régulièrement de 2 à 3% par an, et que le coût de la vie - allant des voyages à l’agriculture en passant par le commerce, le plastique, et tout ce qu’on peut imaginer - va augmenter. Et que la bataille pour le contrôle des ressources pétrolières va s’intensifier. Comme le dit un analyste américain « Dites adieu à votre style de vie ». (…) Les compagnies pétrolières – qui ne donnent pas d’estimation publique de leur propre pic pétrolier – disent qu’il n’y aura pas de pénurie de pétrole et de gaz avant longtemps. « La planète contient suffisamment de réserves prouvées pour 40 années de fournitures, et au moins 60 ans pour le gaz au taux courant de consommation » vient d’annoncer BP. (…) Mais les travaux d’estimation des réserves pétrolières sont contentieux et politiques. Selon Campbell, les compagnies annoncent rarement leurs véritables découvertes pour des raisons commerciales, tandis que les gouvernements – qui possèdent 90% des réserves – mentent souvent. La plupart des institutions, dit-il, sont loin de faire des déclarations fiables. « Estimer les réserves est un travail scientifique. Il y a une part d’incertitude mais il n’est pas impossible d’obtenir une bonne appréciation de ce que les gisements contiennent. Chiffrer les réserves est avant tout un acte politique ». (…) Le point à souligner est que Campbell comme d’autres analystes et géologues pétroliers, dont la plupart ont été dans l’industrie durant des années, accusent les américains de se servir de modèles statistiques biaisés – pour calculer les réserves globales – et les pays de l’Opep de revoir de façon systématique leurs réserves à la hausse depuis les années 80. « Les estimations des pays de l’Opep ont été systématiquement exagérées dans les années 80 pour gagner une plus grande part du gâteau. Les réserves officielles du Moyen-Orient ont grimpé de 43% en l’espace de trois ans en dépit du fait qu’aucun nouveau gisement majeur ne soit trouvé ». (…) D’après un rapport du US Office of Petroleum Reserves, « les réserves pétrolières mondiales vont être absorbées trois fois plus rapidement que l’on va en découvrir de nouvelles. Le pétrole est produit à partir d’anciens gisements, mais les réserves ne sont pas réalimentées. Les réserves restantes des compagnies pétrolières vont continuer à décroître. L’écart entre l’augmentation de la production et l’amenuisement des découvertes de nouveaux champs ne peut avoir qu’une issue : une limite dans la production va être atteinte et la demande future de pétrole conventionnel ne sera plus satisfaite ». (…) En l’absence de discours officiel fiable et sérieux, les géologues et les analystes se tournent vers le grand-père de l’analyse pétrolière, M King Hubbert, un géologue de la Shell qui démontra mathématiquement en 1956 que l’exploitation de n’importe quel champ de pétrole suivait une loi prédictible, une courbe en cloche, lente à décoller, qui se redresse abruptement, s’aplatit et descend ensuite abruptement. Il réussit à prédire avec exactitude que la production intérieure de pétrole américain connaîtrait un pic dans les années 1970, quarante ans après la pointe du pic de découverte situé dans les années 1930. Beaucoup d’analystes pétroliers prennent maintenant au sérieux le modèle du Pic de Hubbert, tandis que les compagnies font la grimace. Des schémas similaires de pic de production ont été décelés à propos des principaux champs de pétrole à travers le monde. La première découverte en mer du nord date de 1969, avec un pic de découverte en 1973, et le Royaume Uni dépassa son pic de production en 1999. La portion britannique du bassin d’exploitation de la mer du nord est à présent en sérieux déclin et le secteur Norvégien s’est stabilisé. (…) Le groupe Herold (US Wall street energy group Herold) a annoncé récemment que les sept plus grands gisements vont tous commencer à voir leur production décliner dans les quatre prochaines années. (…) Selon Chris Zkrebowski, éditeur de la revue Petroleum, un magazine mensuel publié par l’Energy Institute de Londres, les réserves de pétrole conventionnel déclinent dès à présent, de 4 à 6% par an au niveau mondial. Il rapporte que 18 grandes nations productrices, incluant la Grande-Bretagne, et 32 mineures, voient leur production diminuer, tandis que le Danemark, la Malaisie, Brunei, la Chine et l’Inde vont atteindre leur pic de production dans les prochaines années. « Nous devrions être alarmés. Le temps est court et nous n’avons pas encore admis que nous avions un problème », analyse Zkrebowski. « Le problème est que le Pic arrivera en 2008 selon moi, et c’est demain en terme de planning ». (…)
La consommation de l’Inde va croître de 30 % dans les cinq seules prochaines années. La consommation chinoise a augmenté de 17% l’an passé, et va doubler dans les 15 ans qui viennent. C’est, disent la plupart des géologues, presque inconcevable. Selon IHS Energy, une société de consulting, 90% des réserves connues sont en production, ce qui implique que des découvertes majeures devraient être réalisées pour tenir cet échéancier. Or « Toutes les découvertes majeures datent des années 1960, depuis, les gisements ont décliné graduellement », dit Campbell. « Le monde entier a fait l’objet de recherches sismiques et a été perforé de part en part. La connaissance géologique s’est considérablement accrue dans la dernière trentaine d’années et il est pratiquement inconcevable qu’il reste des gisements majeurs à découvrir ».

 

Le déclin de la production Saoudienne

Dans tous les cas de figure, pessimistes comme optimistes s’accordent pour estimer que l’Arabie Saoudite va jouer un rôle essentiel dans l’avenir proche. Non seulement ce pays est le premier producteur de brut, mais il est également le seul à disposer d’une capacité en réserve suffisante pour accroître significativement sa production en cas de crise (Swing Producer). Cette particularité a permis d’éviter un choc pétrolier lors de l’invasion du Koweit par l’Irak, par exemple, quand le marché s’est brusquement trouvé amputé de ces deux importants producteurs. La question de l’apport futur du pétrole Saoudien, à l’heure où la tension entre les Etats-Unis et l’Iran monte de plusieurs crans, est plus décisive encore.
En 2004, les projections annuelles publiées par le ministère américain de l’énergie prévoyaient une augmentation mondiale de la demande de 57% entre 2001 et 2025. Pour y répondre, la production Saoudienne, principale source du surplus, était censée croître de 10,2 millions de bpj (barils par jour) à 22,5 millions de bpj. Cet apport Saoudien est le point clé de la satisfaction de la demande mondiale des 20 prochaines années. Mais l’Arabie Saoudite est-elle vraiment en mesure d’augmenter sa production sur le long terme ?
En février 2004, premier pavé dans la mare quand le New York Times signala que les principaux champs pétrolifères saoudiens étaient plus près de l’épuisement qu’on ne le supposait. Second pavé, le livre de Matthew Simmons publié en mai 2005 « Crépuscule dans le désert, la future crise pétrolière saoudienne et l’économie mondiale (Twilight in the Desert : The Coming Saudi Oil Shock and the World Economy). « Il est guère probable que l’Arabie Saoudite soit jamais en mesure de livrer les quantités de pétrole qu’on attend d’elle », affirme-t-il. « La production saoudienne approche de son pic de production.(…) Elle est susceptible d’entrer en déclin prochainement ». La force du livre tient à la notoriété de son auteur : M.Matthew R. Simmons est président et directeur général d’une banque d’investissement pétrolier de premier rang mondial. La Simmons & Company International investit des milliards dans le secteur énergétique, finance la prospection et le développement des nouveaux gisements à travers la planète. Ami de W.Bush et de Chesney, il est l’un des meilleurs experts dans le domaine de l’information pétrolière au monde. D’ailleurs, son livre est une analyse technique poussée – voire rébarbative - qui s’appuie sur des documents saoudiens traitant de la production sur divers champs : vieillissement des gisements, recours de plus en plus fréquemment à la technique de l’injection d’eau afin de maintenir la pression souterraine, augmentation de la teneur en soufre du brut, etc… La majeure partie du pétrole est extraite d’un petit nombre de gisements gigantesques, qui ont été mis en exploitation intensive depuis cinquante ans. Afin de maintenir des niveaux de production élevés, les techniciens ont recours à l’injection hydraulique afin de compenser les chutes de pression dans les puits, or avec le temps, la croissance de la proportion eau/pétrole va rendre l’extraction impossible, analyse Simmons.
Les autorités commencent à prendre ce problème au sérieux puisqu’en 2005, les projections annuelles publiées par le ministère américain de l’énergie (International Energy Outlook) prédisait une augmentation de la production saoudienne à 16,3 millions de bpj au lieu des 22,5 annoncés l’année précédente. Aucune explication à ce revirement n’a été fournie, mais on peut supposer que les analystes politiquement corrects, les « optimistes », ont déjà commencé à infléchir la pensée officielle à Washington.

www.peakoil.net : informations sur le Pic pétrolier

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