A propos du livre "L'effroyable imposteur"

Livre publié par Fiametta Venner aux éd. Grasset

 

 

Le billet de Pomagalsky - 7 mars 2006

Dans le présentoir de ma bibliothèque municipale figure un livre récent. Les poutrelles sur la photo en couverture attirent mon regard, impossible de ne pas reconnaître les restes fumants du World Trade Center. Puis le titre : « l’effroyable imposteur, quelques vérités sur Thierry Meyssan » de Fiammeta Venner. Le comité de sélection de la bibliothèque opère un filtrage sévère et ne recueille que le politiquement correct, l’accointance avec un anti-Meyssan ne m’étonne guère. Essayiste, Venner dirige la revue Prochoix et collabore à Charlie Hebdo. Elle a notamment écrit, avec Caroline Fourest, « Tirs croisés », « La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman ».

De quelle nature sont ces vérités sur Meyssan ? Un jour, dans une librairie d’Amman, en Jordanie, Fiammetta Venner est profondément choquée par les propos du boutiquier qui lui souffle : « Meyssan, c’est l’honneur de la France ! ». Elle, qui a souvent croisé la route du « héraut » ne peut laisser passer l’outrage et se lance dans une vendetta (1): elle va passer la vie de Meyssan au crible de son enquête, puis de ses critiques acides, parfois proches de l’infamie, et le clouer au pilori. Il est vrai qu’un personnage tel que le président du Réseau Voltaire a de quoi prêter le flanc, sa vie n’a pas le lissé d’un simple journaliste : très tôt leader d’un mouvement charismatique chrétien, puis militant dans des mouvements gais, avant de flirter avec la politique, son parcours offre des prises à qui veut.
Le livre se veut pamphlétaire, il n’est qu’éboueur. Il ne remue que les ordures.

Pourtant Fiammetta Venner s’en défend en prélude : « Il incombe à chacun de nous de ne pas laisser les mensonges devenir des mythes, mais plus encore lorsqu’on défend, comme moi, l’idée que le journalisme d’enquête et d’analyse engagé peut être une force pour la démocratie. A condition d’être rigoureux. Aujourd’hui, le devoir d’informer m’éloigne nécessairement de cette rigueur, tant le parcours de Thierry Meyssan est nébuleux (…) Ce n’est jamais agréable de cerner un individu au risque de donner l’impression d’un procès personnel. Mais c’est indispensable lorsque seul le parcours d’un homme peut permettre d’expliquer la genèse d’une imposture publique et symptomatique de son époque ». Rigoureuse ? Non, c’est le moins que l’on puisse dire quand pour contrer un argument on l’ignore complètement pour s’attaquer à son auteur et à sa vie privée. Réfuter la théorie du 11 septembre vue par Meyssan en invoquant à son encontre des accointances avec le milieu pornographique et pédophile, ou avec l’extrême droite et les partis islamistes est une supercherie intellectuelle insupportable. Quelle que soit la vie privée de monsieur Meyssan, elle n’a strictement rien à voir avec les évènements survenus le onze septembre et le travail réalisé par le Réseau Voltaire pour éclaircir cette catastrophe. Quelle que soit sa vie politique, elle n’intervient pas dans la question clairement posée : qu’est-il réellement arrivé au bâtiment du Pentagone ?

Le bouquin est publié chez GRASSET en 2005, excusez du peu. Qu’une calomnie dirigée contre un seul individu trouve sa place chez une grande maison d’édition réputée pour son sérieux a de quoi laisser pantois. Soyons clairs, publier, au jour d’aujourd’hui, nécessite de l’entregent, surtout lorsque l’on pêche chez les éditeurs ayant pignon sur rue. Je connais ce milieu pour le pratiquer depuis des années. Réussir à pénétrer le saint des saints avec en guise « d’œuvre » une série d’attaques personnelles douteuses ne peut signifier qu’une chose : des appuis ; des appuis politiques. Meyssan est une cible, tout est bon pour l’abattre. Malgré la publication de son « effroyable imposture » en 20 langues, comme le regrette Venner révulsée par une telle réussite, la maison d’édition de Meyssan en France, CARNOT, vient de mettre la clé sous la porte, ce qui est loin d’être le cas de GRASSET. Ce que pense Venner de CARNOT est assez révélateur de ses a priori : « en 2003, l’éditeur n’est toujours pas référencé par « Livres Hebdo ». Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il publie « l’effroyable imposture » après « Ovni, l’évidence » écrit-elle. Le procédé utilisé ici est typique de son style : par des analogies qui jouent sur le registre de l’émotion, elle met en relation des éléments dont aucune logique ne voudrait. Elle pratique l’amalgame, sans dextérité. Que le livre « Ovnis, l’évidence » ait été celui de Jean-Jacques Vélasco, la voix d’un des seuls organismes étatiques au monde travaillant sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, le Centre National d’Etudes Spatiales, lui a, semble-t-il, échappé. Mais c’est bien connu, les amateurs des thèses complotistes et les amateurs d’ovnis font partie d’une seule et même famille d’attardés.

Voyons quelques unes de ses déclarations lapidaires :
« Pour apporter une bombe comme ça, qui est une charge énorme, il faut un camion » dit Meyssan dans l’émission d’Ardisson le 16 mars 2002. « Que pourrait-on déduire des contradictions dont fait preuve Meyssan lui-même ? Lui qui vient de nous persuader qu’il s’agit d’un camion pour finalement changer d’avis au livre suivant (le Pentagate) et nous annoncer qu’il s’agit en fait d’un missile ? » ironise Venner avec sa logique imparable qui ignore que le fait crucial reste l’absence caractéristique de trace d’avion de ligne dans les décombres, et que l’incertitude sur la véritable origine de la déflagration est toute à l’honneur de Meyssan qui, comme chacun d’entre nous, recherche la vérité sans posséder de boule de cristal.

Puis elle poursuit : « On imagine le trouble du lecteur en découvrant ces photos montages (Pentagone). Pourtant, rien n’est plus logique. On retrouve rarement le moindre débris à la suite d’un crash si l’avion percute un obstacle à angle droit ». Dommage, Venner s’éloigne de sa spécialité. Pourtant, il n’était pas nécessaire de posséder une maîtrise en Physique pour s’apercevoir que les crashs sur les WTC, presque à angle droit, ont par exemple provoqué de larges retombées de débris, dont l’absence est absolument anormale dans le cas du Pentagone.

Autre passage : « Comble de l’aberration de la thèse de Meyssan : le vol 77 d’American Airlines, disparu avec tous ses passagers, mais qui ne se serait jamais écrasé sur le Pentagone ! ». Ici, le niveau d’argumentation de l’essayiste frôle le zéro absolu. Meyssan n’a jamais revendiqué savoir ce qu’il était advenu de ce fameux vol 77, encore moins avancé des hypothèses hasardeuses sur son destin. Sa thèse révisionniste nous interpelle effectivement sur ce vol fantôme, dont la disparition ne prouve en aucune manière le crash sur le Pentagone.

A la suite de quatre pages sur le 11 septembre - ce sera tout son effort pour contrer l’argumentation de Meyssan -, l’auteur retrouve vite les sentiers connus de la délation et du coup en dessous de la ceinture. Meyssan a-t-il travaillé seul ? Non. Parmi ses informateurs figure un E.R. Venner s’engouffre dans la brèche : il s’agit selon elle d’Emmanuel Ratier, un conspirationniste antisémite notoire sur lequel elle brode dix pages. Etc, etc…

Conclusion :

« Parce que Meyssan est un sale type, un avion s’est bien écrasé sur le Pentagone », voici la quintessence du raisonnement de Fiammetta Venner : un énorme sophisme ! C’est un raisonnement faux, qui a l’apparence de la vérité ; et donné en toute mauvaise foi si l’on en croît la définition du dictionnaire, bien qu’on puisse douter que Venner en fut rendu à cette extrémité.

En introduction au dossier sur le 11 septembre, j’écrivais : « quatre ans après les évènements, on ne peut plus affirmer avec légèreté que les journalistes étrangers ayant remis en question la version officielle des faits allégués par Washington aient seulement voulu exercer leur pouvoir de nuisance contre la nation américaine et ce qu’elle représente. David Ray Griffin, Craig Unger ou Jimmy Walter qu’on ne peut accuser d’amateurisme ou d’antiaméricanisme, n’ont à présent aucune répugnance à évoquer les travaux de Thierry Meyssan concernant l’attaque sur le Pentagone ou à souligner en rouge les lacunes du rapport officiel. Par ce mouvement, nous assistons à une phase importante de réappropriation du dossier par les américains eux-mêmes, et c’est là un signe positif. ». J’ajouterai que sous la bannière de Jimmy Walter, ce sont des dizaines de spécialistes, de journalistes et de scientifiques qui demandent aujourd’hui la réouverture d’une enquête officielle sur ce jour néfaste. En voulant nous faire croire que Meyssan est un cas isolé, que ses divagations tombent à la lumière des preuves factuelles - preuves que l’on attend toujours - Venner trompe gravement le public.

(1) Meyssan, comme tout ceux qui supportent une thèse révisionniste à propos des attentats du 9.11, sont en danger : ils reçoivent des menaces de mort. C’est la réalité. On soulignera donc le courage de madame Venner, qui hurle en compagnie des loups. Ah, la chaleur de la harde !

Avant de refermer ce courrier, n’oublions pas de remercier les bibliothèques municipales pour la sagacité dont elles font preuve dans leurs choix littéraires. La sélection des livres fait partie d’un pouvoir d’influence et de conditionnement, c’est l’évidence.

POMAGALSKY 

         

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