L’émergence
de la CHINE (2)
La confrontation du XXI ème
siècle : Etats-Unis versus Chine
Un rapport récent (2005) du National
Intelligence Council, publié sur le site internet de
la CIA et intitulé « Pouvoirs émergeants
: le changement du paysage géopolitique » (Rising
Powers : The Changing Geopolitical Landscape www.cia.gov/nic)
conforte l’idée que l’on se forge à
travers la littérature spécialisée internationale,
à savoir l’inquiétude grandissante du pouvoir
américain face à la montée en puissance
de nations telles que l’Inde et, surtout, la Chine. Il
est cependant vain de penser qu’à la suite des
analyses présentées on distinguera les orientations
stratégiques claires qu’adopteront les Etats-Unis
dans les prochaines années. Au contraire, on peut imaginer
que l’inclusion de certaines locutions sont destinées
à brouiller les cartes, à désinformer.
Mais ceci ne porte que sur l’aspect « conduite à
tenir » de la part des Etats-Unis et non sur celui de
l’évocation des faits, sans appel, et des prévisions
dont les extraits saillants sont retraduits ci-après
:
- L’émergence de la Chine
et de l’Inde comme nouveaux acteurs majeurs de la scène
planétaire – similaire à la montée
en puissance de l’Allemagne au XIXème siècle
et des Etats-Unis au début du XXème siècle
– va transformer le paysage géopolitique,
avec des impacts potentiellement aussi dramatiques que ceux
des deux derniers siècles. De la même façon
que le XXème siècle a été qualifié
de « siècle américain », le début
du XXIème siècle peut être perçu
comme celui de l’émergence de nations en développement,
la Chine et l’Inde en tête.
- La population de la région qui
fut un des lieux majeurs de l’histoire du XXème
siècle – l’Europe et la Russie – va
décliner en termes relatifs ; presque toute la population
naissante proviendra de nations en voie de développement
qui jusqu’à récemment, occupaient une place
marginale au niveau de l’économie globale.
- Les pouvoirs émergents –
Chine, Inde et peut-être d’autres tels que le Brésil
ou l’Indonésie – pourraient introduire un
nouveau type d’alignement international, potentiellement
capable de marquer une cassure définitive avec les institutions
et les pratiques que l’on a connues depuis la seconde
guerre mondiale.
- Seule une inversion abrupte du processus
de globalisation ou un bouleversement majeur dans ces pays pourrait
remettre en question leur émergence. Mais comment des
pays comme la Chine et l’Inde vont-ils gérer leur
montée en puissance, en privilégiant la coopération
ou la compétition vis-à-vis des autres acteurs
majeurs, demeure un facteur clé d’une grande incertitude.
(…)
A cause de l’énorme taille des populations de la
Chine et de l’Inde – dont la projection en 2020
effectuée par le US Census Bureau donne respectivement
1,4 milliard et 1,3 milliard – le niveau de vie asiatique
n’a pas besoin de rejoindre le niveau occidental pour
constituer un pouvoir économique important. La Chine
par exemple est devenue le troisième fournisseur de produits
manufacturés, sa part étant passé de 4%
à 12% dans les dix dernières années. (…)
Bien que l’Inde soit économiquement
en retard sur la Chine, la plupart des spécialistes croient
qu’elle va aussi soutenir une croissance accrue. ( …)
C’est l’augmentation de la demande
en énergie qui va déterminer en premier lieu les
changements à venir dans le paysage géopolitique.
A travers leur besoin de sécuriser leur accès
à l’énergie, la Chine et l’Inde vont
passer de puissances régionales au statut de puissances
mondiales. (…)
La Chine va continuer de renforcer sa force
militaire, en acquérant et en développant des
armes modernes, incluant des avions de combat basés sur
des technologies avancées, des sous-marins sophistiqués,
et en augmentant le nombre de missiles balistiques. Le Chine
va doubler la Russie et les autres pour devenir le second pays
en terme de dépenses militaires après les Etats-Unis
dans les deux prochaines décades, en devenant ainsi une
puissance militaire de premier plan.
Pourtant, des déboires économiques
ou une crise de confiance pourrait ralentir la progression chinoise.
L’incapacité de Pékin à maintenir
son taux de croissance pourrait avoir un impact global.
- une faillite du gouvernement chinois
à satisfaire les besoins de sa population en terme d’emploi
pourrait alimenter un sentiment de frustration politique.
- Pour faire face au vieillissement rapide
de sa population, la Chine doit être prête à
affronter une série de sérieux problèmes
sociaux et démographiques. Il est improbable qu’elle
réussisse à copier les mécanismes –
comme les systèmes de sécurité sociale
et les systèmes de retraites – caractéristiques
des sociétés occidentales.
- Si l’économie chinoise prend
un mauvais tour, la sécurité de la région
s’en ressentira, il en résultera une instabilité
politique, de la criminalité, du trafic de drogue, des
migrations illégales.
L’émergence de l’Inde présentera également
des complications stratégiques dans la région.
Comme la Chine, l’Inde sera un attracteur économique
pour la région, et son développement aura un impact
non seulement sur l’Asie, mais aussi sur l’Asie
centrale, l’Iran et d’autres pays du Moyen-Orient.
L’Inde cherche à renforcer la coopération
régionale à la fois pour des raisons stratégiques
et pour accroître son influence auprès de l’Ouest,
auprès d’organisations comme l’Organisation
Mondiale du Commerce.(…)
Comme la Chine, l’Inde sera amenée
à expérimenter la volatilité économique
et politique face à la pression s’intensifiant
sur les ressources – terre, eau, énergie. Par exemple,
l’Inde devra faire des choix draconiens pour résoudre
le problème réunissant l’accroissement de
la population d’un côté et l’augmentation
de la pollution des sols et des eaux de l’autre côté.
(..)
En 2003, la RAND Corporation a identifié
8 risques majeurs pour la croissance économique de la
Chine dans la prochaine décade :
- Fragilité du système financier
et des entreprises d’Etat
- Effets économiques de la corruption
- Problèmes de ressources d’eau et de pollution
- Possibilité d’un retrait des investissements
étrangers
- Expansion du Sida et des épidémies
- Chômage, pauvreté, frustration sociale
- Consommation d’énergie et montée des prix
- Taïwan et autres conflits potentiels
L’étude confirme que la probabilité
qu’aucun de ces développements ne voie le jour
avant 2015 est faible, et note qu’ils arriveront probablement
par paquets plutôt qu’individuellement, un stress
économico-financier entraînant par exemple une
augmentation de la corruption, de la pauvreté, du chômage,
et la diminution de l’investissement en provenance de
l’étranger.(…)
Les experts s’accordent à
dire que le risque de conflits inter-états demeure plus
élevé en Asie que dans les autres régions.
Selon eux, la péninsule Coréenne et Taiwan vont
probablement connaître des crises d’ici à
2020 avec des risques de débordement et de globalisation
des conflits. Dans le même temps, la violence dans les
Etats d’Asie du sud-est pourrait s’intensifier,
sous la forme d’insurrections séparatistes ou de
terrorisme. La Chine pourrait également avoir à
faire face à des mouvements séparatistes le long
de ses frontières de l’ouest.
Les rôles et les interactions entre
les principales régions de pouvoir, la Chine, les Etats-Unis
et le Japon, vont subir des changements significatifs d’ici
à 2020. Les Etats-Unis et la Chine ont de fortes incitations
à éviter la confrontation, mais la montée
du nationalisme en Chine et de la peur de la Chine aux Etats-Unis
pourrait alimenter la montée d’un antagonisme.
Quant aux relations entre le Japon et les deux superpuissances
chinoise et américaine, elles seront dessinées
par la Chine et par la nature des conflits dans la péninsule
Coréenne et autour de Taïwan. (…)
Il n’est pas impossible que les pouvoirs
émergents recherchent une alternative européenne
à la dépendance forte vis-à-vis des Etats-Unis.
Par exemple, une alliance Chine-Europe, encore que très
improbable, n’est pas totalement impensable. (…)
La Chine est un cas à part, où
la transition vers une population âgée –
400 millions de Chinois auront plus de 65 ans en 2020 –
est particulièrement abrupte et l’émergence
d’un sérieux déséquilibre démographique
entre les sexes pourrait avoir des répercussions sociales,
politiques, voire internationales. Un système de retraite
inexistant signifie que les Chinois auront à continuer
de travailler durant leur vieillesse. (…)
Le rapport du NIC-CIA se clôture
par une courte fiction qui dépeint le monde en 2020.
Dans le scénario - assez idyllique du point de vue des
auteurs puisque les Etats-Unis, abattus le 11 septembre 2001,
« se sont relevés tels un phénix »
- on explique que cette « Pax Americana » a été
rendue possible par un rapprochement sans précédent
avec l’Europe. Suite à un terrible attentat terroriste
en 2010 en Europe, cette dernière aurait soudainement
changé d’attitude et adopté la ligne politique
américaine sur le sujet qui est clairement annoncée
comme « la meilleure appréciation du terrorisme
catastrophe ». Donc, face à l’émergence
de la Chine et du nationalisme chinois, les Etats-Unis retrouveraient
leur allié naturel, celui que la « guerre des civilisations
» classe dans le même camp : l’Europe. Mais
pas une « vieille Europe », par tradition rebelle
à l’hégémonisme américain,
une « nouvelle Europe » tellement choquée
par les attentats commis en son sein qu’elle aurait basculée
à corps perdu dans l’idéologie sécuritaire
américaine. A la lumière des attentats du 11 septembre,
il n’est qu’un pas pour imaginer un super attentat
catastrophique au centre de l’Europe de l’ouest,
un nouveau « Pearl Harbour européen » qui
arrangerait bien Washington.
Tous les analystes sont donc unanimes,
la montée en puissance de la Chine est l’évènement
crucial qui structure aujourd’hui la géostratégie
américaine. « Un nuage s’épaissit
dans l’horizon de la suprématie mondiale américaine
», confirme Aymeric Chauprade, professeur de géopolitique
à l’école de guerre et à la Sorbonne.
« L’émergence économique de la Chine,
à un rythme soutenu, menace de remettre en question,
à l’horizon 2015, la domination américaine
dans la région Asie-Pacifique et, par voie de conséquence,
dans le monde entier. En supposant seulement que la moitié
de sa population (environ 700 millions de personnes) arrive
à un niveau de développement équivalent
à celui des pays occidentaux (ce qui est possible dans
un temps historique très rapide, si l’on s’appuie
sur l’exemple sud-coréen), le marché intérieur
chinois sera alors comparable à la réunion des
marchés de l’ALENA (association de libre échange
nord américaine) et de l’union européenne
élargie à vingt sept pays. Ajoutons à cela
le formidable levier de puissance que représente l’économie
des Chinois de l’extérieur (en Indonésie
ou à Singapour, par exemple) dans le cadre d’une
indépendance idéologique et stratégique
de la Chine continentale préservée, et les Etats-Unis
auront face à eux le seul grand rival économique
non asservi politiquement. L’analyse de la littérature
stratégique américaine postérieure à
la chute de l’URSS, autant que les déclarations
des dirigeants, montre que le défi chinois est la priorité
de la pensée géopolitique américaine. (…)
Face à l’URSS, l’Amérique avait une
stratégie globale. Mais que sait-on de la stratégie
globale des Etats-Unis contre la Chine ?
(…) Elle pourrait se décomposer suivant quatre
objectifs principaux :
- contrôler le besoin en
énergie de l’adversaire ;
- l’encercler par un réseau d’alliances ;
- neutraliser sa capacité de menace nucléaire
;
- affaiblir sa géopolitique et son unité politique
intérieure.
La forte croissance économique de
la zone Asie implique une augmentation de sa consommation d’énergie.
En 1994, la consommation totale de pétrole des pays asiatiques
est devenue équivalente à celle des Etats-Unis.
Or l’Asie ne dispose pas des ressources énergétiques
suffisantes à son développement. Elle doit importer
de plus en plus. A partir de 1993, la Chine est devenue importateur
net de pétrole. Cette dépendance pétrolière
n’est pas diversifiée : pour l’ensemble de
l’Asie, elle est concentrée à plus de 70%
sur le Moyen Orient. Mais la dépendance à l’égard
des pays pétroliers du Moyen Orient est aussi une interdépendance.
Si ceux-ci exportent aujourd’hui 60% de leur production
vers la seule zone Asie, on estime que ce chiffre passera à
90% en 2015. L’interdépendance énergétique
pourrait donc logiquement favoriser le rapprochement politique
entre la Chine et les pays pétroliers du Moyen Orient.
Pour écarter cette éventualité, les Etats-Unis
devront donc compléter leur mainmise sur l’Arabie
Saoudite et le Koweit par la prise de contrôle de l’Irak
et de l’Iran. S’ils y parviennent, ils contrôleront
la pompe énergétique qui alimente la croissance
asiatique, et en particulier la croissance chinoise.
(…) Quelles solutions d’approvisionnement hors du
contrôle stratégique américain s’offriront
alors à la Chine si l’Amérique atteint ses
objectifs en Irak puis en Iran ? (…).
Ce point de vue synthétique, remarquable
d’acuité, résume l’essentiel. Reprenons
les quatre grands thèmes de la stratégie : contrôler
le besoin en énergie de l’adversaire ; l’encercler
par un réseau d’alliances ; neutraliser sa capacité
de menace nucléaire ; affaiblir sa géopolitique
et son unité politique intérieure, et organisons
le plan de discussion en fonction de ce découpage.
Contrôler le besoin en énergie
de l’adversaire
Prendre sous leur coupe un maximum de gisements pétroliers
en un minimum de temps, telle semble être la politique
appliquée par les Etats-Unis depuis l’accession
de George W.Bush au pouvoir. On savait la représentation
gouvernementale républicaine noyautée par le lobby
pétrolier, et, dans un premier temps, il n’était
pas impensable d’attribuer la politique extérieure
américaine à la simple expression de ce lobby
dans un but purement lucratif. L’importance des actions
menées à l’étranger ainsi que l’éclairage
apporté d’un côté par l’imminence
du déclin de la production pétrolière et,
de l’autre, le besoin de contrer la progression de la
Chine, nous montre que l’intérêt américain
pour l’or noir va bien au-delà des seuls gains
financiers. Aymeric Chauprade soulève ce point et cerne
les vrais enjeux : « Pour écarter cette éventualité
(l’alliance de la Chine et du Moyen-Orient) les Etats-Unis
devront donc compléter leur mainmise sur l’Arabie
Saoudite et le Koweit, par la prise de contrôle de l’Irak
et de l’Iran. S’ils y parviennent, ils contrôleront
la pompe énergétique qui alimente la croissance
asiatique, et en particulier la croissance chinoise ».
En d’autres termes, si les Etats-Unis ne prennent pas
immédiatement le contrôle de l’eldorado pétrolier,
ce sont les Chinois qui rafleront la mise.
Bien entendu, la Chine ne s’aurait s’accommoder
d’une dépendance vis-à-vis des Etats-Unis
qui tentent de contrôler aujourd’hui cette région
pour, soi-disant, sécuriser l’offre pétrolière
mondiale. Essentiellement cliente de la zone de production du
Moyen-Orient pour des raisons de proximité, la Chine
est extrêmement attentive aux évolutions en cours,
en particulier en Iran et en Irak, et elle pourrait être
amenée à contrarier les tentatives américaines
d’appropriation de la zone iranienne. Le président
Jiang Zemin s’est rendu en Iran en avril 2002 et des accords
ont été signés sur les hydrocarbures, le
commerce, le transport, l’information technologique et
militaire. Par ailleurs, le détroit d’Ormuz, première
porte de sortie du pétrole du Moyen Orient, présente
pour la Chine un intérêt stratégique croissant
et elle va chercher par sa présence à prévenir
les effets d’une éventuelle rupture brutale de
ses approvisionnements en pétrole en cas de fermeture.
Elle met en pratique cette stratégie en se lançant
dans une politique ambitieuse de développement de ses
capacités de projection navale.
Les Chinois entretiennent également une base navale dans
les îles birmanes de Coco, et modernisent la base navale
de Gwadar, près du détroit d’Ormuz, au large
du Pakistan.
Analyse un diplomate taiwanais en poste à
Tokyo
- Ces relais forment comme un collier de
perles à partir duquel ils pourront contrôler les
routes d’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient
vers la mer de Chine du sud.
Depuis que le ministre japonais de l’industrie
a accordé au début du mois de juillet 2005 à
la compagnie pétrolière Tekoku Oil un permis de
forage exploratoire des gisements de gaz naturel off-shore en
mer de Chine de l’Est, gisements déjà forés
depuis deux ans par des compagnies chinoises à partir
de plateformes situées à 1,5 kilomètres
de la zone économique exclusive nippone, le gouvernement
chinois ne décolère plus. C’est «
une violation de la souveraineté de la Chine »
a déclaré le ministère des Affaires étrangères
de Pékin. « Cette nouvelle dispute est très
dangereuse » analyse le journaliste français Régis
Arnaud, « car elle concentre les deux pires sujets de
friction entre le Japon et la Chine : l’accès aux
ressources naturelles et la souveraineté maritime ».
Le japon, bien entendu, représente la zone d’influence
américaine.
Encercler l’adversaire par un
réseau d’alliances
En dressant autour de la Chine un cordon sanitaire d’Etats
anti-chinois, Washington compte gêner les efforts du gouvernement
chinois pour sortir de l’isolement. En extrême Orient,
l’encerclement de la Chine devrait s’appuyer sur
le dispositif étatique Corée du Sud-Japon-Taiwan
doublé déjà d’un impressionnant dispositif
militaire américain stationné dans la région.
Si les Etats-Unis associent la Corée du Nord, dernier
reliquat de la guerre froide russo-américaine, à
l’Iran dans l’axe du mal, c’est dans l’objectif
d’encourager la réunification (alliant l’économie
du Sud et le potentiel militaire du Nord) d’une grande
Corée anti-chinoise et pro-américaine, capable
dans le même temps de surveiller, à leur profit,
l’évolution japonaise. Les efforts américains
pour construire autour de la Chine un cordon sanitaire rassemblant
au moins la Russie, l’Inde, la Corée réunifiée
et le Japon seront cependant limités par le fait que
de telles puissances ne peuvent se satisfaire d’être
des vassaux. Mais la course à la puissance militaire
que les Etats-Unis ont envisagée vise à diminuer
la liberté d’action de ces nations millénaires,
de sorte qu’elles jugent que le choix le plus rationnel
consiste à opter pour l’Amérique contre
la Chine. Par ailleurs, si demain le Pakistan ne fait plus partie
du nouveau pacte de Bagdad que l’Amérique cherche
à construire, mais d’un bloc islamique hostile
à Washington et Tel-Aviv, alors l’Inde sera son
remplaçant évident, l’axe traditionnel Moscou/New
Delhi venant alors encercler la Chine. Dans le Pacifique, Washington
renforce également ses alliances avec les Philippines
et l’Australie, et se sert de la vive hostilité
de l’Indonésie vis-à-vis de Pékin
pour se prévaloir d’appuis logistiques (présence
en Irian Jaya).
Comme on l’a vu dans le rapport de la
CIA, les néo-conservateurs font aussi le pari d’une
re-formation d’un bloc occidental contre la Chine, mais
rien ne vient démontrer que l’alliance de la Guerre
froide serait encore d’actualité dans ce nouveau
contexte.
Dans ce jeu d’alliances, Catherine Kaminsky
rappelle que le choix des Russes peut faire pencher la balance.
Moscou peut faire basculer son alliance soit du côté
de l’Inde contre Pékin, soit vers la Chine en contrepoids
des Américains. Mais un rapprochement de la Chine et
de la Russie, perceptible avec le forum de Shanghai, signe une
réémergence forte et rapide des deux leaders du
monde asiatique. On lit dans le Times du 4 juin 2005 que pour
Jephraim P. Gundzik, président de la firme de consulting
Condor Advisers, Inc., la politique militaire unilatéraliste
de George W. Bush construit de nouvelles alliances géostratégiques,
la plus significative étant la formation d’un triangle
entre la Chine, l’Iran et la Russie. Le rapprochement
entre Moscou et Pékin est l’un des évènements
les plus importants de ces derniers 18 mois mais il n’a
quasiment pas été noté. Cette nouvelle
proximité a cependant été si loin que la
Chine et la Russie ont réalisé un exercice militaire
commun en 2005. Les ventes d’armes entre les eux pays
sont florissantes et se développent en parallèle
des échanges non militaires, essentiellement énergétiques.
L’annulation de la construction du pipeline liant les
réserves pétrolières de Sibérie
à la Chine a pu apparaître comme un coup d’arrêt
mais, en réalité, le pipeline russe va désormais
jusqu’au port de Nakhodha à la demande du Japon
qui a payé le pipeline en échange. Ce port est
à 40 miles des frontières chinoises et le prolonger
ne coûterait rien. Si c’est le cas, Tokyo aura payé
l’ouvrage pour les deux pays. En outre, la Chine investit
massivement dans les entreprises pétrolières russes
et a contribué à la re-nationalisation de Yukos.
La Chine investit également massivement dans le gaz iranien.
Pékin contrevient ainsi aux restrictions de commerce
imposé à Téhéran par les États-Unis.
La Russie et la Chine aident également l’Iran à
développer son programme militaire. La Russie est en
outre grandement impliqué dans le programme nucléaire
iranien. En somme, l’Iran et la Chine soutiennent aujourd’hui
la politique tchétchène de Vladimir Poutine ;
la Russie et l’Iran la politique taiwanaise de Pékin
; et la Russie et la Chine la politique nucléaire de
l’Iran. Cette alliance à trois, aujourd’hui
bien constituée, se construit clairement contre les États-Unis.
Elle sera demain un contrepoids à la puissance américaine.
Par ailleurs, l’Inde et la Chine ont signé le 12
avril 2005 un accord historique de renforcement de la coopération
économique, et de résolution des différents
frontaliers, ceci pouvant préfigurer une réaction
vive de la part des Etats-Unis.
L’émergence de la Chine est comparée
bien souvent à l’émergence de l’Allemagne
impériale du tournant du XIX ème et du XX ème
siècle, comme stipulé dans le rapport de la CIA
évoqué plus haut. Mais selon Henry Kissinger,
ce n’est pas la bonne analyse. La différence entre
ce modèle et ce que la Chine est en train de connaître
est tout ce qui oppose Clausewitz à Sun Tzu : la domination
impériale militaire contre l’ascendant psychologique
sur l’adversaire. La Chine a une histoire de 2000 ans
et ne veut pas dominer ses voisins ; la politique d’endiguement
utilisée contre l’URSS lors de la Guerre froide
est donc inadaptée, dit Kissinger.
Neutraliser la capacité militaire
de l’adversaire et sa capacité de menace nucléaire
Le dernier rapport annuel du Pentagone est
encore plus critique que les précédents sur la
montée en puissance de l’Armée populaire.
Donald Rumsfeld a accusé la Chine début Juin 2005
de « dépenser beaucoup plus pour son budget de
défense que les responsables ne l’admettent ».
Washington reproche de ne pas inclure dans ses calculs les frais
de recherche et développement ainsi que certaines dépenses
de personnels. Les Etats-Unis ont beau jeu de critiquer le budget
militaire chinois, celui-ci reste quatre fois moins important
que le leur.
Docteur en Histoire, Konstantin Asmolov, membre
du centre d’études coréennes de l’Institut
d’études orientales de l’académie
des sciences de Russie vient d’écrire un article
dont l’intitulé ne prête à aucune
confusion :
- La plus grande peur des Etats-Unis se
concrétise. La Chine a depuis longtemps endossé
le statut de grande puissance et elle est prête à
défier les États-Unis, même sur le plan
global. C’est lié au fait que depuis la chute du
communisme, le confucianisme est le seul modèle de développement
étatique susceptible d’être une alternative
aux valeurs occidentales. De nombreux changements de stratégies
militaires récents en Extrême orient ne se font
pas seulement contre la Corée, comme on aime à
le dire à Washington, mais aussi contre la Chine.
La plupart des guerres faites par les Américains ces
derniers temps, l’étaient contre des adversaires
plus faibles militairement et dont le régime était
fragile et démoralisé. Ils ont ensuite fait faire
le travail par d’autres, comme l’alliance du Nord
en Afghanistan. Dans le cas de la Corée, c’est
plus compliqué, ils ne trouveront pas d’alliés
sur place. La Chine mène toute une série de programmes
militaires. Les Etats-Unis, eux, restructurent leurs forces,
particulièrement leur flotte. Ils veulent adapter leur
système de défense anti-missiles. Actuellement,
l’arme nucléaire est telle que vous n’avez
pas le temps d’esquiver si l’on vous tire dessus,
vous pouvez seulement tirer en réponse. Cela donne au
final deux cadavres ou un cadavre et un blessé grave
et cette possibilité ne convient pas à Washington.
Les Chinois préparent des missiles capables de contourner
le bouclier et sont donc capables de maintenir le statu quo
et le rôle politico-stratégique de l’arme
nucléaire. Actuellement, l’idée de «
guerre nucléaire globale » a une signification
plus grande pour les gens. Les théories de l’hiver
nucléaire global et des antiglobalistes ont leur effet
et l’arme atomique n’est plus seulement un moyen
de mener des guerres mais un puissant instrument de pression.
La Chine comprend que les programmes américains menacent
directement sa force de dissuasion, et va probablement réorienter
ses priorités de développement économique
vers la défense. Elle s’est particulièrement
alarmée, écrivent Steinbruner et Lewis, d’un
document de planification à long terme rédigé
en 1998 par l’US Space Command, où se trouvait
exposé un nouveau concept d’engagement planétaire,
prévoyant des capacités de frappe basées
dans l’espace, qui permettraient aux Etats-Unis d’attaquer
n’importe quel pays et d’interdire à toute
autre puissance d’installer des capacités semblables.
On comprend dès lors que les travaux de la conférence
des Nations Unis sur le désarmement sont dans l’impasse
depuis 1998 parce que la Chine veut absolument maintenir l’usage
exclusivement pacifique de l’espace et que Washington
s’y refuse, ce qui l’a coupé de nombre de
ses alliés et a créé une situation d’affrontement.
Le plus haut responsable chinois du désarmement
a observé :
- Quand les Etats-Unis s’estimeront
dotés à la fois d’une très bonne
lance et d’un très bon bouclier, il est possible
qu’ils en concluent que nul ne peut leur nuire et qu’eux-mêmes
peuvent nuire à qui ils veulent, n’importe où
dans le monde.
La Chine est tout à fait consciente
d’être la cible des nationalistes radicaux qui conçoivent
la politique de Washington, et probablement la première
visée par le message de la stratégie américaine
de sécurité nationale. Il n’échappe
pas non plus aux dirigeants chinois que les Etats-Unis se disent
en droit d’utiliser leurs armes nucléaires les
premiers. Et ils savent aussi bien que les experts américains
que les vols d’avions EP-3 à proximité de
la Chine, dont l’un a été abattu début
2001, ce qui a provoqué une mini-crise, ne sont pas là
seulement pour la surveillance passive. Ces avions collectent
des informations qui servent à élaborer les plans
de guerre nucléaire.
La Chine peut tirer avantage de l’étendue
de son territoire qui la rend moins vulnérable aux éventuelles
attaques nucléaires, et de sa bordure côtière
largement ouverte sur le pacifique. Mais les Américains
ont l’ambition de maîtriser l’espace et cette
initiative unilatérale relance la course aux armements
de tous les côtés, y compris en Chine où
la fusée Longue Marche ouvre non seulement la porte de
l’espace mais aussi met les Etats-Unis à portée
de tir.
Concernant l’armement conventionnel,
il est de notoriété que l’Union européenne
compte lever prochainement l’embargo sur les ventes d’armes
à la Chine. Au sein de l’Union, la décision
est prise. Londres a fini par se ranger du côté
de Paris et Berlin pour mettre un terme à ces sanctions
« obsolètes ». Il reste à «
fixer une date » et à « calmer Washington
» résume-t-on à Bruxelles. Mais Washington
ne se calmera pas si facilement. De passage à Pékin
le 16 juillet 2005, Manuel Barroso, président de la Commission
européenne, a rappelé que la levée de serait
subordonnée au respect des droits de l’homme. Deux
progrès attendus sont la ratification de la convention
de l’ONU sur les droits civiques et politiques, ainsi
que la situation des prisonniers de conscience. Toutefois, il
est évident que l’arbitrage sous la houlette américaine
est plus que négatif, les Etats-Unis ayant menacé
l’Europe de représailles tous azimuts si cette
dernière continuait de faire la sourde oreille aux recommandations
d’outre atlantique.
Affaiblir la géopolitique de
l’adversaire et son unité politique intérieure
En 2003, la RAND Corporation a identifié huit risques
majeurs pour la croissance économique de la Chine dans
la prochaine décade :
- Fragilité du système financier
et des entreprises d’Etat
- Effets économiques de la corruption
- Problèmes de ressources d’eau et de pollution
- Possibilité d’un retrait des investissements
étrangers
- Expansion du Sida et des épidémies (SRAS, autres
pandémies…)
- Chômage, pauvreté, frustration sociale
- Consommation d’énergie et montée des prix
- Taiwan et autres conflits potentiels
Dans « autres conflits potentiels »
ont peut classer par exemple les conflits sécessionnistes
religieux comme l’épine du Tibet, ou les populations
du Sin-Kiang, dont 7 millions de Ouigours musulmans avec un
taux de natalité élevé. L’étude
confirme que la probabilité qu’aucun de ces développements
ne voie le jour avant 2015 est faible, et indique qu’ils
arriveront probablement groupés plutôt qu’individuellement,
un problème économico-financier entraînant
par exemple une augmentation de la corruption, de la pauvreté,
du chômage, et le tarissement de l’investissement
étranger.
Les Etats-Unis, probablement, éprouvent
le souhait d’agir pour déstabiliser le régime
chinois de l’intérieur, en visant ses points faibles
- utiliser à nouveau l’arme de
l’islamisme comme ils l’ont fait naguère
contre l’Union Soviétique par exemple
- et brider ainsi la montée en puissance
de l’empire du milieu.
Mais c’est un jeu dangereux, car la Chine
tient en respect les Etats-Unis en ce sens qu’elle détient
un nombre de créances en dollars capable d’écrouler
l’économie américaine si elle réclamait
le remboursement de ses créances. C’est le jeu
du « je te tiens, tu me tiens, par la barbichette. Le
premier qui rira… » aura perdu la partie. Sauf qu’en
dernier ressort, l’Amérique a les moyens de se
déclarer « mauvaise perdante », atout dont
ne dispose pas la Chine qui pourrait subir les foudres d’une
attaque nucléaire globale beaucoup plus efficace que
ce qu’elle serait en mesure d’infliger à
l’heure actuelle.
Taiwan, un point chaud
Le 17 juillet 2005, Julie Desné indique
dans les pages du Figaro que le général chinois
Zhu Chenghu, un haut responsable de l’armée, a
déclaré à des journalistes étrangers
à Honk Kong qu’en cas de conflit avec Taiwan :
- Si les américains tirent sur le
territoire chinois, nous aurons à répondre avec
des armes nucléaires.
L’Armée populaire a acheté
ou construit assez de sous-marins, d’unités amphibies
de débarquement, d’avions et de missiles pour faire
peser une menace immédiate sur Taiwan, estime le Pentagone.
Plus qu’un point stratégique, Taiwan est un symbole
de la lutte sino-américaine. La promesse faite à
Taiwan par les Etats-Unis de leur fournir un bouclier anti-missiles
(Theater Missile Defence) risque de renverser le rapport de
forces et la Chine pourrait être prise par l’envie
d’intervenir avant que celui-ci ne soit opérationnel.
Dans tous les cas, Taiwan est, et restera, un test grandeur
réelle de la volonté d’affrontement, ou
de retenue, des deux superpuissances.
Les manœuvres sino-russes
La Chine et la Russie ont lancé le 18
août 2005 leur plus vaste exercice militaire aéronaval
commun, de la rive ouest du Pacifique jusqu’à la
mer jaune. Baptisée « Mission de paix 2005 »,
pour afficher une façade politiquement correcte, l’exercice
conjoint ne cache cependant pas une nouvelle fraternité
antiaméricaine. Le dispositif a déployé
dix mille hommes, soixante dix bâtiments de guerre, des
dizaines d’avions de combat, des bombardiers stratégiques
russes Tu-95 et Tu-22M, ainsi que des sous-marins chinois flambant
neufs, ceux qui inquiètent l’US Navy en haute mer.
Le naufrage du Koursk
Le film de 70 minutes du réalisateur
Michel Carré « Un sous-marin en eaux troubles »,
consacré au naufrage du Koursk, survenu en août
2000 dans la mer de Barentz, a été diffusé
sur la chaîne France 2 le 7 janvier 2005. Le réalisateur
y dévoile une version du naufrage aux antipodes de la
déclaration officielle servie à l’opinion
mondiale, y compris à l’opinion russe. Plusieurs
sources s’accordent sur les grandes lignes de l’histoire
et rejoignent Carré dans son interprétation, le
physicien Jean-Pierre Petit par exemple qui fut l’un des
premiers à remettre en doute les explications de la marine
russe.
Le Koursk est un sous-marin gigantesque, de la taille d’un
terrain de football. On le surnomme le « tueur de porte-avions
» parce qu’il dispose de missiles de croisière
(mer-mer) Granit ultra-modernes, capables de filer à
Mach 2 en évoluant au ras de l'eau, portant chacun une
demi-mégatonne, c'est-à-dire l’équivalent
de cinquante fois la puissance d’Hiroshima. Aucun navire
ne pourrait espérer en réchapper, le contact avec
la cible n’étant pas même nécessaire
étant donné la puissance de la déflagration.
Mais ce qui fait l’intérêt de l’armement
du Koursk se situe ailleurs : les tubes de tir ont été
élargis à un mètre de diamètre pour
accueillir une torpille super véloce. Sur ce point, les
avis divergent. Pour Michel Carré, il s’agit d’une
torpille au peroxyde d’oxygène, avec de l’eau
oxygénée pour comburant ; la Sqwal se propulsant
à la manière d’une fusée sous l’eau
en créant un film gazeux autour d’elle, le long
de sa progression. Ce à quoi Petit rétorque que
la torpille Sqwal est un modèle dépassé
qui date de 30 ans, les Américains disposant d’un
équivalent dans la torpille Supercav. D’après
le physicien, spécialiste de la MHD (Magnéto-Hydro-Dynamique),
la torpille du Koursk serait un modèle MHD, capable d’atteindre
des vitesses incroyables au sein du milieu liquide. Quelle que
soit la véritable technologie de pointe qui équipe
cette torpille de haute vélocité, l’essentiel
est qu’elle se trouve au centre de négociations
commerciales entre la Russie et la Chine. Le Koursk, passé
en immersion périscopique, s'apprêtait à
effectuer devant des observateurs chinois une démonstration
des capacités de la torpille. D’après ce
que des agents auraient déclaré à Petit
lors d’une conversation en tête à tête,
des officiels chinois avaient rejoint le sous-marin en hélicoptère
après son départ de Mourmansk. L’un d’eux
était général. Des arabes les accompagnaient
également, mais ses informateurs avouaient ne pas connaître
leur pays d’origine. Ce qui se passa ensuite n’est
pas l’explosion accidentelle d’une des torpilles,
loin de là. En réalité, les Etats-Unis
suivaient l’affaire de très près, plusieurs
sous-marins américains étaient sur la zone de
manoeuvre. Washington avait donné ses ordres, les Russes
ne devaient en aucun cas vendre cette technologie aux ennemis
de demain : les Chinois. Cette technologie, même en équipant
de vieux sous-marins bruyants de la classe Han, leur aurait
donné un avantage décisif dans tout conflit maritime,
spécialement dans la zone Pacifique où les Etats-Unis
règnent sans partage. Les informateur aurait précisé
: « Les Américains ne craignent qu'une chose, maintenant
: que les Russes dotent les Chinois en technologies de pointe,
qu'ils accélèrent leur développement. Ils
sont assez actifs au plan du renseignement. Quand des trucs
doivent être transportés, c'est par sous-marins.
Quand les Américains veulent contrecarrer cela, ils coulent
le sous-marin russe, carrément. »
Un sous-marin nord-américain a donc
coulé le Koursk, ce qui, au passage, aurait pu provoquer
une riposte nucléaire de la Russie, mais Clinton aurait
immédiatement calmé Poutine en lui promettant
de forts dédommagements (saluons le sang-froid des Russes
qui auraient pu appuyer sur la gâchette avant de demander
une explication). De quelle manière le géant des
mers fut-il abattu ? Cela demeure un mystère. Le film
de Carré montre une fusée propulsée à
poudre tandis que le commentaire évoque un modèle
américain MK-48. Or la MK - 48 est un ancien modèle
à hélice. Jean-Pierre Petit affirme qu’il
est impossible que le Koursk ait été coulé
par une torpille à poudre, parce qu'on n'a pas enregistré
le bruit infernal de ces engins quand, avant l’impact,
ils crachent du gaz à haute température, très
turbulent dans l'eau. Petit penche plutôt vers une technique
de « tir de contact », une sorte d’abordage
avec détonation d’une charge creuse qui met en
mouvement rapide une surface métallique générant
une onde de choc agissant comme un « ouvre-boîte
».
J.P.Petit : d'où
les deux détonations enregistrées, la
première correspondant à la mise en oeuvre
de l"ouvre-boite", la seconde à l'explosion
de la charge injectée par l'orifice, après
que le sous-marin abordeur ait pu se mettre à
distance, peut-être pas assez pour ne pas être
lui-même endommagé. D'où sa fuite
en surface vers un slip norvégien où une
réparation de fortune put être opérée
avant que le sous-marin ne trouve refuge dans une cale
sèche anglaise, fermée. |
Selon Carré, lorsque le navire amiral Pierre le Grand,
commandé par l'amiral Popov, aurait été
averti du naufrage, il se serait éloigné du site
au lieu de se porter sur les lieux. Tout ceci devenait une affaire
d’Etat, la présence des acheteurs Chinois à
bord devait être cachée. Dès lors, on interprète
mieux l’attitude des Russes qui déployèrent
une série de stratagèmes pour laisser l’équipage
du Koursk périr (une partie de celui-ci était
encore en vie, des SOS frappés sur la coque auraient
été entendus pendant des jours) et refuser les
aides offertes par les nations occidentales.
La profondeur à laquelle le Koursk,
long de 154 mètres, reposait était est ridiculement
faible : 108 mètres. Compte tenu de sa hauteur, le pont
supérieur se situait à seulement 80 mètres
de la surface. Pendant la guerre de 39-45 des évacuations
à 60-80 mètres de profondeur étaient monnaies
courantes, avec des systèmes individuels peu sophistiqués.
Aujourd'hui les sous-marins disposent d'équipements individuels
permettant d'évacuer leurs équipages à
des profondeurs atteignant 600 mètres. Seule explication
: le croiseur Pierre le Grand aurait envoyé au Koursk
un ordre codé verrouillant toutes ses issues. Pendant
des dizaines d'heures les Russes ont prétendu ne pas
localiser l'épave alors qu'il est aisé de distinguer
une telle masse dans un fond aussi faible.
Par la suite, lors du renflouement du submersible,
les plongeurs étrangers avaient l’interdiction
absolue de s’aventurer à l’avant du sous-marin.
L’avant a été ensuite découpé
par les Russes puis remonté. Comme le souligne Petit,
« ce ne sont pas des considérations humanitaires
qui ont amené les Russes à renflouer le Koursk.
Il fallait récupérer les missiles Granit et leurs
charges thermonucléaires. Il y avait aussi la ou les
torpilles MHD ainsi que les tubes de tir, élargis à
un mètre de diamètre ».
En résumé, l’histoire du
Koursk fut le résultat d'une attaque américaine
visant à dissuader les Russes d'exporter des technologies
avancées en direction de la Chine, ce qui donna lieu
à un immense mensonge d’Etat et, accessoirement,
aux conditions normalement susceptibles de déclencher
une guerre nucléaire majeure. Voirle dossier "Koursk"
sur le site de J.P.Petit.
Dernières brèves
:
Publiée le 16 mars 2006 par la Maison
Blanche, la nouvelle stratégie de sécurité
nationale américaine réaffirme l’option
des frappes préventives. Elle critique aussi la Chine
pour ses « mode de pensée et d’action dépassé
» et ses velléités de « verrouiller
les sources d’énergie ».
Un tiers du déficit commercial américain
(605 milliards de dollars) est imputable aux importations chinoises.
Washington dénonce sans relâche ces échanges
ni « équitables », ni « équilibrés
», et menace d’accuser Pékin de manipulation
monétaire.
« Ce n’est pas la course aux armements,
mais le signal est immanquable », écrit Jean-jacques
Mével dans Le Figaro du 18 mars 2006 à propos
de la confrontation américano-chinoise du point de vue
militaire. Quelques jours après l’annonce par Pékin
de l’augmentation de son budget militaire de 14% pour
2006-2007, Washington – qui prévoit d’augmenter
son budget militaire de 7% pour la même période
- annonce le renforcement de ses moyens aériens dans
le Pacifique.
Article concernant la flotte sous marine
chinoise sur http://www.corlobe.tk
:
Les tendances en matière de puissance
maritime dans l’Océan Pacifique sont de mauvais
augure. D’ici 2025, la marine chinoise pourrait être
la puissance dominante dans le Pacifique. Selon certaines estimations,
les sous-marins d’attaque chinois pourraient être
5 fois plus nombreux que les sous-marins américains dans
le Pacifique. Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins
chinois vont rôder le long du littoral Pacifique américain,
chacun suivi comme son ombre par 2 sous-marins d’attaque
américains qui ont des choses plus utiles à faire.
Une diplomatie déplacée rend certains commandants
de l’U.S. Navy très réticents à admettre
publiquement que l’expansion très rapide de la
force sous-marine chinoise dans le Pacifique est une menace,
mais, si la revue quadriennale de la Défense (QDR) et
le dernier rapport du Pentagone "Rapport sur la Puissance
Militaire de la République Populaire de Chine" (rapport
PMRPC) sont des indications, ils y pensent sans aucun doute.
Dans un discours devant l’Asia Society à Washington
au début du mois, par exemple, l’Amiral Gary Roughead,
commandant de la flotte US dans le Pacifique, a déclaré
: « Il n’y a aucun doute que la Marine chinoise
se modernise, augmente ses capacités et avance très
rapidement, mais quelle est l’intention ? »
Les intentions chinoises
La QDR (la revue quadriennale de la Défense)
s’intéresse à la question des intentions
chinoises :
La modernisation militaire chinoise s’est
accélérée depuis la deuxième moitié
des années 1990 en réponse aux exigences de la
direction centrale de développer des options militaires
contre les scénarios de Taiwan. L’augmentation
de la puissance militaire chinoise perturbe déjà
l’équilibre régional des forces. La Chine
va probablement continuer à faire des investissements
importants dans certaines capacités militaires, mettant
l’accent sur l’électronique et l’informatique,
les missiles balistiques et de croisière, les systèmes
intégrés de défense anti-aérienne,
des torpilles de nouvelle génération, des sous-marins
améliorés, des frappes nucléaires stratégiques
depuis des systèmes modernes et sophistiqués basés
à terre et en mer, des drones...
Selon le résumé du PMRPC, l’intention
spécifique chinoise est de "se doter des moyens
de répliquer aux interventions extérieures, y
compris une éventuelle intervention américaine
dans une crise dans le détroit [de Taiwan]." Le
rapport continue en indiquant que "dissuader, combattre
ou retarder une intervention étrangère avant la
capitulation de Taiwan est une partie importante de la stratégie
de Pékin." A cette fin, la Chine augmente sa "force
de missiles balistiques (à courte et longue portée),
de missiles de croisière, de sous-marins, d’avions
de combat et d’autres systèmes modernes."
Les objectifs de la puissance maritime
chinoise
S’ils sont curieux des intentions chinoises,
les planificateurs du Pentagone peuvent examiner les commentaires
du Général Wen Zongren, commissaire politique
de l’Académie des Sciences Militaires de l’Armée
Populaire de Libération de la Chine. Le rapport PMRPC
cite le Général Wen : la Chine doit "briser"
le "blocus [par] les forces internationales contre la sécurité
maritime de la Chine... Seulement lorsque nous aurons brisé
ce blocage pourrons-nous parler de la montée en puissance
de la Chine... La Chine doit passer par les océans et
sortir des océans dans son développement futur."
En fait, un objectif explicite du Parti Communiste Chinois est
"d’augmenter la puissance de la nation."
La marine chinoise - et en particulier sa flotte sous-marine
- est un outil clé pour atteindre cet objectif. La promotion
en septembre 2004 de l’amiral Zhang Dingfa, sous-marinier
de carrière, comme chef d’état-major de
la Marine de l’Armée Populaire de Libération
avec un siège de plein exercice à la Commission
Militaire Centrale était un signal clair de l’importance
de la guerre sous-marine dans la stratégie chinoise pour
la région Asie-Pacifique.
Une force sous-marine de plus en plus
importante
L’Amiral Zhang a mené le programme
de modernisation des sous-marins chinois et supervisé
l’acquisition de 4 sous-marins moderne de la classe Kilo
de construction, y compris le type 636 furtif. Des commandes
de 8 sous-marins supplémentaires ont été
passées, la livraison des premiers nouveaux submersibles
devant être livrés ce mois-ci. Que 3 chantiers
navals russes soient au travail pour remplir les commandes chinoises
de nouveaux sous-marins montre l’urgence de cette montée
en puissance.
L’Amiral Zhang ne s’appuie pas
seulement sur les Russes. Il a aussi augmenté la production
- à 2.5 navires par an - de la nouvelle et formidable
classe Song de sous-marins diesel électriques chinois.
La Chine teste aussi une nouvelle série de sous-marins
diesel électrique que la communauté des services
de renseignement de la défense a baptisé sous
le nom de code "Yuan". Le Yuan est grandement inspiré
par des conceptions russes, y compris le revêtement de
tuiles anéchoïques et une hélice à
7 pâles extrêmement silencieuse and a super-quiet
seven-blade screw. L’ajout d’un système de
propulsion AIP ("air-independent propulsion"), qui
permet à un sous-marin de rester en plongée jusqu’à
30 jours sans recharger sa batterie, va rendre les sous-marins
des classes Song et Yuan virtuellement indétectables
par les réseaux américains de surveillance - et
même par les sous-marins américains.
Ces nouveaux sous-marins seront encore plus
dangereux lorsqu’ils seront armés de torpilles
SKVAL ("Squall") russes, qui peuvent atteindre une
vitesse de 200 nœuds. Certaines informations laissent croire
que le SKVAL est déjà opérationnel sur
certains sous-marins chinois. De plus, la Russie a aussi transféré
le missile de croisière anti-navire Novator 3M-54E à
3 étages à la flotte sous-marine chinoise. Ils
sont principalement conçus pour être utlisés
contre des porte-avions. Chaque sous-marin chinois de la classe
Kilo est armé de 4 de ces missiles.
La flotte chinoise de sous-marins d’attaque
modernes continue d’augmenter : la Chine possède
déjà aujourd’hui 10 sous-marins de la classe
Song/Yuan/Kilo dans le Pacifique, plus de 50 sous-marins plus
anciens des classes Ming et Romeo, 5 sous-marins nucléaires
d’attaque de la classe Han, et un sous-marin lanceur d’engins
de la classe Xia. De plus, la Chine a actuellement commandé
25 nouveaux sous-marins en construction, 16 sont en construction,
dont une nouvelle classe de sous-marin nucléaire d’attaque,
le type 093, et un nouvel SNLE, le type 094.
La suprématie sous-marine américaine
en danger
En février 2005, le secrétaire
à la défense Donald Rumsfeld avait déclaré
que la taille de la flotte chinoise pourrait dépasser
celle de l’US Navy d’ici à une décennie.
"C’est une question à laquelle le département
réfléchit, s’inquiète et est très
attentif." Cet été, l’U.S. Navy a effectué
une série d’exercices maritimes majeurs dans le
Pacifique, qui a impliqué 4 groupes de bataille de porte-avions,
dont un normalement basé sur la côte Est. C’était
la première fois depuis la Guerre du Vietnam que la Navy
déployait un porte-avions de la flotte Atlantique pour
un exercice dans le Pacifique.
M.
Tkacik est un chercheur sur la politique chinoise au centre
d’étude asiatique de la Fondation Héritage.
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