La Chine, 2° dossier : la marine de guerre chinoise

Pomagalsky 21 mars 2006


L’émergence de la CHINE (2)

 

La confrontation du XXI ème siècle : Etats-Unis versus Chine

Un rapport récent (2005) du National Intelligence Council, publié sur le site internet de la CIA et intitulé « Pouvoirs émergeants : le changement du paysage géopolitique » (Rising Powers : The Changing Geopolitical Landscape www.cia.gov/nic) conforte l’idée que l’on se forge à travers la littérature spécialisée internationale, à savoir l’inquiétude grandissante du pouvoir américain face à la montée en puissance de nations telles que l’Inde et, surtout, la Chine. Il est cependant vain de penser qu’à la suite des analyses présentées on distinguera les orientations stratégiques claires qu’adopteront les Etats-Unis dans les prochaines années. Au contraire, on peut imaginer que l’inclusion de certaines locutions sont destinées à brouiller les cartes, à désinformer. Mais ceci ne porte que sur l’aspect « conduite à tenir » de la part des Etats-Unis et non sur celui de l’évocation des faits, sans appel, et des prévisions dont les extraits saillants sont retraduits ci-après :

- L’émergence de la Chine et de l’Inde comme nouveaux acteurs majeurs de la scène planétaire – similaire à la montée en puissance de l’Allemagne au XIXème siècle et des Etats-Unis au début du XXème siècle

– va transformer le paysage géopolitique, avec des impacts potentiellement aussi dramatiques que ceux des deux derniers siècles. De la même façon que le XXème siècle a été qualifié de « siècle américain », le début du XXIème siècle peut être perçu comme celui de l’émergence de nations en développement, la Chine et l’Inde en tête.

- La population de la région qui fut un des lieux majeurs de l’histoire du XXème siècle – l’Europe et la Russie – va décliner en termes relatifs ; presque toute la population naissante proviendra de nations en voie de développement qui jusqu’à récemment, occupaient une place marginale au niveau de l’économie globale.

- Les pouvoirs émergents – Chine, Inde et peut-être d’autres tels que le Brésil ou l’Indonésie – pourraient introduire un nouveau type d’alignement international, potentiellement capable de marquer une cassure définitive avec les institutions et les pratiques que l’on a connues depuis la seconde guerre mondiale.

- Seule une inversion abrupte du processus de globalisation ou un bouleversement majeur dans ces pays pourrait remettre en question leur émergence. Mais comment des pays comme la Chine et l’Inde vont-ils gérer leur montée en puissance, en privilégiant la coopération ou la compétition vis-à-vis des autres acteurs majeurs, demeure un facteur clé d’une grande incertitude. (…)
A cause de l’énorme taille des populations de la Chine et de l’Inde – dont la projection en 2020 effectuée par le US Census Bureau donne respectivement 1,4 milliard et 1,3 milliard – le niveau de vie asiatique n’a pas besoin de rejoindre le niveau occidental pour constituer un pouvoir économique important. La Chine par exemple est devenue le troisième fournisseur de produits manufacturés, sa part étant passé de 4% à 12% dans les dix dernières années. (…)

Bien que l’Inde soit économiquement en retard sur la Chine, la plupart des spécialistes croient qu’elle va aussi soutenir une croissance accrue. ( …)

C’est l’augmentation de la demande en énergie qui va déterminer en premier lieu les changements à venir dans le paysage géopolitique. A travers leur besoin de sécuriser leur accès à l’énergie, la Chine et l’Inde vont passer de puissances régionales au statut de puissances mondiales. (…)

La Chine va continuer de renforcer sa force militaire, en acquérant et en développant des armes modernes, incluant des avions de combat basés sur des technologies avancées, des sous-marins sophistiqués, et en augmentant le nombre de missiles balistiques. Le Chine va doubler la Russie et les autres pour devenir le second pays en terme de dépenses militaires après les Etats-Unis dans les deux prochaines décades, en devenant ainsi une puissance militaire de premier plan.

Pourtant, des déboires économiques ou une crise de confiance pourrait ralentir la progression chinoise. L’incapacité de Pékin à maintenir son taux de croissance pourrait avoir un impact global.

- une faillite du gouvernement chinois à satisfaire les besoins de sa population en terme d’emploi pourrait alimenter un sentiment de frustration politique.

- Pour faire face au vieillissement rapide de sa population, la Chine doit être prête à affronter une série de sérieux problèmes sociaux et démographiques. Il est improbable qu’elle réussisse à copier les mécanismes – comme les systèmes de sécurité sociale et les systèmes de retraites – caractéristiques des sociétés occidentales.

- Si l’économie chinoise prend un mauvais tour, la sécurité de la région s’en ressentira, il en résultera une instabilité politique, de la criminalité, du trafic de drogue, des migrations illégales.
L’émergence de l’Inde présentera également des complications stratégiques dans la région. Comme la Chine, l’Inde sera un attracteur économique pour la région, et son développement aura un impact non seulement sur l’Asie, mais aussi sur l’Asie centrale, l’Iran et d’autres pays du Moyen-Orient. L’Inde cherche à renforcer la coopération régionale à la fois pour des raisons stratégiques et pour accroître son influence auprès de l’Ouest, auprès d’organisations comme l’Organisation Mondiale du Commerce.(…)

Comme la Chine, l’Inde sera amenée à expérimenter la volatilité économique et politique face à la pression s’intensifiant sur les ressources – terre, eau, énergie. Par exemple, l’Inde devra faire des choix draconiens pour résoudre le problème réunissant l’accroissement de la population d’un côté et l’augmentation de la pollution des sols et des eaux de l’autre côté. (..)

En 2003, la RAND Corporation a identifié 8 risques majeurs pour la croissance économique de la Chine dans la prochaine décade :

- Fragilité du système financier et des entreprises d’Etat
- Effets économiques de la corruption
- Problèmes de ressources d’eau et de pollution
- Possibilité d’un retrait des investissements étrangers
- Expansion du Sida et des épidémies
- Chômage, pauvreté, frustration sociale
- Consommation d’énergie et montée des prix
- Taïwan et autres conflits potentiels

L’étude confirme que la probabilité qu’aucun de ces développements ne voie le jour avant 2015 est faible, et note qu’ils arriveront probablement par paquets plutôt qu’individuellement, un stress économico-financier entraînant par exemple une augmentation de la corruption, de la pauvreté, du chômage, et la diminution de l’investissement en provenance de l’étranger.(…)

Les experts s’accordent à dire que le risque de conflits inter-états demeure plus élevé en Asie que dans les autres régions. Selon eux, la péninsule Coréenne et Taiwan vont probablement connaître des crises d’ici à 2020 avec des risques de débordement et de globalisation des conflits. Dans le même temps, la violence dans les Etats d’Asie du sud-est pourrait s’intensifier, sous la forme d’insurrections séparatistes ou de terrorisme. La Chine pourrait également avoir à faire face à des mouvements séparatistes le long de ses frontières de l’ouest.

Les rôles et les interactions entre les principales régions de pouvoir, la Chine, les Etats-Unis et le Japon, vont subir des changements significatifs d’ici à 2020. Les Etats-Unis et la Chine ont de fortes incitations à éviter la confrontation, mais la montée du nationalisme en Chine et de la peur de la Chine aux Etats-Unis pourrait alimenter la montée d’un antagonisme. Quant aux relations entre le Japon et les deux superpuissances chinoise et américaine, elles seront dessinées par la Chine et par la nature des conflits dans la péninsule Coréenne et autour de Taïwan. (…)

Il n’est pas impossible que les pouvoirs émergents recherchent une alternative européenne à la dépendance forte vis-à-vis des Etats-Unis. Par exemple, une alliance Chine-Europe, encore que très improbable, n’est pas totalement impensable. (…)

La Chine est un cas à part, où la transition vers une population âgée – 400 millions de Chinois auront plus de 65 ans en 2020 – est particulièrement abrupte et l’émergence d’un sérieux déséquilibre démographique entre les sexes pourrait avoir des répercussions sociales, politiques, voire internationales. Un système de retraite inexistant signifie que les Chinois auront à continuer de travailler durant leur vieillesse. (…)

Le rapport du NIC-CIA se clôture par une courte fiction qui dépeint le monde en 2020. Dans le scénario - assez idyllique du point de vue des auteurs puisque les Etats-Unis, abattus le 11 septembre 2001, « se sont relevés tels un phénix » - on explique que cette « Pax Americana » a été rendue possible par un rapprochement sans précédent avec l’Europe. Suite à un terrible attentat terroriste en 2010 en Europe, cette dernière aurait soudainement changé d’attitude et adopté la ligne politique américaine sur le sujet qui est clairement annoncée comme « la meilleure appréciation du terrorisme catastrophe ». Donc, face à l’émergence de la Chine et du nationalisme chinois, les Etats-Unis retrouveraient leur allié naturel, celui que la « guerre des civilisations » classe dans le même camp : l’Europe. Mais pas une « vieille Europe », par tradition rebelle à l’hégémonisme américain, une « nouvelle Europe » tellement choquée par les attentats commis en son sein qu’elle aurait basculée à corps perdu dans l’idéologie sécuritaire américaine. A la lumière des attentats du 11 septembre, il n’est qu’un pas pour imaginer un super attentat catastrophique au centre de l’Europe de l’ouest, un nouveau « Pearl Harbour européen » qui arrangerait bien Washington.

Tous les analystes sont donc unanimes, la montée en puissance de la Chine est l’évènement crucial qui structure aujourd’hui la géostratégie américaine. « Un nuage s’épaissit dans l’horizon de la suprématie mondiale américaine », confirme Aymeric Chauprade, professeur de géopolitique à l’école de guerre et à la Sorbonne. « L’émergence économique de la Chine, à un rythme soutenu, menace de remettre en question, à l’horizon 2015, la domination américaine dans la région Asie-Pacifique et, par voie de conséquence, dans le monde entier. En supposant seulement que la moitié de sa population (environ 700 millions de personnes) arrive à un niveau de développement équivalent à celui des pays occidentaux (ce qui est possible dans un temps historique très rapide, si l’on s’appuie sur l’exemple sud-coréen), le marché intérieur chinois sera alors comparable à la réunion des marchés de l’ALENA (association de libre échange nord américaine) et de l’union européenne élargie à vingt sept pays. Ajoutons à cela le formidable levier de puissance que représente l’économie des Chinois de l’extérieur (en Indonésie ou à Singapour, par exemple) dans le cadre d’une indépendance idéologique et stratégique de la Chine continentale préservée, et les Etats-Unis auront face à eux le seul grand rival économique non asservi politiquement. L’analyse de la littérature stratégique américaine postérieure à la chute de l’URSS, autant que les déclarations des dirigeants, montre que le défi chinois est la priorité de la pensée géopolitique américaine. (…) Face à l’URSS, l’Amérique avait une stratégie globale. Mais que sait-on de la stratégie globale des Etats-Unis contre la Chine ?
(…) Elle pourrait se décomposer suivant quatre objectifs principaux :

- contrôler le besoin en énergie de l’adversaire ;
- l’encercler par un réseau d’alliances ;
- neutraliser sa capacité de menace nucléaire ;
- affaiblir sa géopolitique et son unité politique intérieure.

La forte croissance économique de la zone Asie implique une augmentation de sa consommation d’énergie. En 1994, la consommation totale de pétrole des pays asiatiques est devenue équivalente à celle des Etats-Unis. Or l’Asie ne dispose pas des ressources énergétiques suffisantes à son développement. Elle doit importer de plus en plus. A partir de 1993, la Chine est devenue importateur net de pétrole. Cette dépendance pétrolière n’est pas diversifiée : pour l’ensemble de l’Asie, elle est concentrée à plus de 70% sur le Moyen Orient. Mais la dépendance à l’égard des pays pétroliers du Moyen Orient est aussi une interdépendance. Si ceux-ci exportent aujourd’hui 60% de leur production vers la seule zone Asie, on estime que ce chiffre passera à 90% en 2015. L’interdépendance énergétique pourrait donc logiquement favoriser le rapprochement politique entre la Chine et les pays pétroliers du Moyen Orient. Pour écarter cette éventualité, les Etats-Unis devront donc compléter leur mainmise sur l’Arabie Saoudite et le Koweit par la prise de contrôle de l’Irak et de l’Iran. S’ils y parviennent, ils contrôleront la pompe énergétique qui alimente la croissance asiatique, et en particulier la croissance chinoise.
(…) Quelles solutions d’approvisionnement hors du contrôle stratégique américain s’offriront alors à la Chine si l’Amérique atteint ses objectifs en Irak puis en Iran ? (…).

Ce point de vue synthétique, remarquable d’acuité, résume l’essentiel. Reprenons les quatre grands thèmes de la stratégie : contrôler le besoin en énergie de l’adversaire ; l’encercler par un réseau d’alliances ; neutraliser sa capacité de menace nucléaire ; affaiblir sa géopolitique et son unité politique intérieure, et organisons le plan de discussion en fonction de ce découpage.

 

Contrôler le besoin en énergie de l’adversaire


Prendre sous leur coupe un maximum de gisements pétroliers en un minimum de temps, telle semble être la politique appliquée par les Etats-Unis depuis l’accession de George W.Bush au pouvoir. On savait la représentation gouvernementale républicaine noyautée par le lobby pétrolier, et, dans un premier temps, il n’était pas impensable d’attribuer la politique extérieure américaine à la simple expression de ce lobby dans un but purement lucratif. L’importance des actions menées à l’étranger ainsi que l’éclairage apporté d’un côté par l’imminence du déclin de la production pétrolière et, de l’autre, le besoin de contrer la progression de la Chine, nous montre que l’intérêt américain pour l’or noir va bien au-delà des seuls gains financiers. Aymeric Chauprade soulève ce point et cerne les vrais enjeux : « Pour écarter cette éventualité (l’alliance de la Chine et du Moyen-Orient) les Etats-Unis devront donc compléter leur mainmise sur l’Arabie Saoudite et le Koweit, par la prise de contrôle de l’Irak et de l’Iran. S’ils y parviennent, ils contrôleront la pompe énergétique qui alimente la croissance asiatique, et en particulier la croissance chinoise ». En d’autres termes, si les Etats-Unis ne prennent pas immédiatement le contrôle de l’eldorado pétrolier, ce sont les Chinois qui rafleront la mise.

Bien entendu, la Chine ne s’aurait s’accommoder d’une dépendance vis-à-vis des Etats-Unis qui tentent de contrôler aujourd’hui cette région pour, soi-disant, sécuriser l’offre pétrolière mondiale. Essentiellement cliente de la zone de production du Moyen-Orient pour des raisons de proximité, la Chine est extrêmement attentive aux évolutions en cours, en particulier en Iran et en Irak, et elle pourrait être amenée à contrarier les tentatives américaines d’appropriation de la zone iranienne. Le président Jiang Zemin s’est rendu en Iran en avril 2002 et des accords ont été signés sur les hydrocarbures, le commerce, le transport, l’information technologique et militaire. Par ailleurs, le détroit d’Ormuz, première porte de sortie du pétrole du Moyen Orient, présente pour la Chine un intérêt stratégique croissant et elle va chercher par sa présence à prévenir les effets d’une éventuelle rupture brutale de ses approvisionnements en pétrole en cas de fermeture. Elle met en pratique cette stratégie en se lançant dans une politique ambitieuse de développement de ses capacités de projection navale.
Les Chinois entretiennent également une base navale dans les îles birmanes de Coco, et modernisent la base navale de Gwadar, près du détroit d’Ormuz, au large du Pakistan.

Analyse un diplomate taiwanais en poste à Tokyo

- Ces relais forment comme un collier de perles à partir duquel ils pourront contrôler les routes d’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient vers la mer de Chine du sud.

Depuis que le ministre japonais de l’industrie a accordé au début du mois de juillet 2005 à la compagnie pétrolière Tekoku Oil un permis de forage exploratoire des gisements de gaz naturel off-shore en mer de Chine de l’Est, gisements déjà forés depuis deux ans par des compagnies chinoises à partir de plateformes situées à 1,5 kilomètres de la zone économique exclusive nippone, le gouvernement chinois ne décolère plus. C’est « une violation de la souveraineté de la Chine » a déclaré le ministère des Affaires étrangères de Pékin. « Cette nouvelle dispute est très dangereuse » analyse le journaliste français Régis Arnaud, « car elle concentre les deux pires sujets de friction entre le Japon et la Chine : l’accès aux ressources naturelles et la souveraineté maritime ». Le japon, bien entendu, représente la zone d’influence américaine.

 

Encercler l’adversaire par un réseau d’alliances


En dressant autour de la Chine un cordon sanitaire d’Etats anti-chinois, Washington compte gêner les efforts du gouvernement chinois pour sortir de l’isolement. En extrême Orient, l’encerclement de la Chine devrait s’appuyer sur le dispositif étatique Corée du Sud-Japon-Taiwan doublé déjà d’un impressionnant dispositif militaire américain stationné dans la région. Si les Etats-Unis associent la Corée du Nord, dernier reliquat de la guerre froide russo-américaine, à l’Iran dans l’axe du mal, c’est dans l’objectif d’encourager la réunification (alliant l’économie du Sud et le potentiel militaire du Nord) d’une grande Corée anti-chinoise et pro-américaine, capable dans le même temps de surveiller, à leur profit, l’évolution japonaise. Les efforts américains pour construire autour de la Chine un cordon sanitaire rassemblant au moins la Russie, l’Inde, la Corée réunifiée et le Japon seront cependant limités par le fait que de telles puissances ne peuvent se satisfaire d’être des vassaux. Mais la course à la puissance militaire que les Etats-Unis ont envisagée vise à diminuer la liberté d’action de ces nations millénaires, de sorte qu’elles jugent que le choix le plus rationnel consiste à opter pour l’Amérique contre la Chine. Par ailleurs, si demain le Pakistan ne fait plus partie du nouveau pacte de Bagdad que l’Amérique cherche à construire, mais d’un bloc islamique hostile à Washington et Tel-Aviv, alors l’Inde sera son remplaçant évident, l’axe traditionnel Moscou/New Delhi venant alors encercler la Chine. Dans le Pacifique, Washington renforce également ses alliances avec les Philippines et l’Australie, et se sert de la vive hostilité de l’Indonésie vis-à-vis de Pékin pour se prévaloir d’appuis logistiques (présence en Irian Jaya).

Comme on l’a vu dans le rapport de la CIA, les néo-conservateurs font aussi le pari d’une re-formation d’un bloc occidental contre la Chine, mais rien ne vient démontrer que l’alliance de la Guerre froide serait encore d’actualité dans ce nouveau contexte.

Dans ce jeu d’alliances, Catherine Kaminsky rappelle que le choix des Russes peut faire pencher la balance. Moscou peut faire basculer son alliance soit du côté de l’Inde contre Pékin, soit vers la Chine en contrepoids des Américains. Mais un rapprochement de la Chine et de la Russie, perceptible avec le forum de Shanghai, signe une réémergence forte et rapide des deux leaders du monde asiatique. On lit dans le Times du 4 juin 2005 que pour Jephraim P. Gundzik, président de la firme de consulting Condor Advisers, Inc., la politique militaire unilatéraliste de George W. Bush construit de nouvelles alliances géostratégiques, la plus significative étant la formation d’un triangle entre la Chine, l’Iran et la Russie. Le rapprochement entre Moscou et Pékin est l’un des évènements les plus importants de ces derniers 18 mois mais il n’a quasiment pas été noté. Cette nouvelle proximité a cependant été si loin que la Chine et la Russie ont réalisé un exercice militaire commun en 2005. Les ventes d’armes entre les eux pays sont florissantes et se développent en parallèle des échanges non militaires, essentiellement énergétiques. L’annulation de la construction du pipeline liant les réserves pétrolières de Sibérie à la Chine a pu apparaître comme un coup d’arrêt mais, en réalité, le pipeline russe va désormais jusqu’au port de Nakhodha à la demande du Japon qui a payé le pipeline en échange. Ce port est à 40 miles des frontières chinoises et le prolonger ne coûterait rien. Si c’est le cas, Tokyo aura payé l’ouvrage pour les deux pays. En outre, la Chine investit massivement dans les entreprises pétrolières russes et a contribué à la re-nationalisation de Yukos. La Chine investit également massivement dans le gaz iranien. Pékin contrevient ainsi aux restrictions de commerce imposé à Téhéran par les États-Unis. La Russie et la Chine aident également l’Iran à développer son programme militaire. La Russie est en outre grandement impliqué dans le programme nucléaire iranien. En somme, l’Iran et la Chine soutiennent aujourd’hui la politique tchétchène de Vladimir Poutine ; la Russie et l’Iran la politique taiwanaise de Pékin ; et la Russie et la Chine la politique nucléaire de l’Iran. Cette alliance à trois, aujourd’hui bien constituée, se construit clairement contre les États-Unis. Elle sera demain un contrepoids à la puissance américaine. Par ailleurs, l’Inde et la Chine ont signé le 12 avril 2005 un accord historique de renforcement de la coopération économique, et de résolution des différents frontaliers, ceci pouvant préfigurer une réaction vive de la part des Etats-Unis.

L’émergence de la Chine est comparée bien souvent à l’émergence de l’Allemagne impériale du tournant du XIX ème et du XX ème siècle, comme stipulé dans le rapport de la CIA évoqué plus haut. Mais selon Henry Kissinger, ce n’est pas la bonne analyse. La différence entre ce modèle et ce que la Chine est en train de connaître est tout ce qui oppose Clausewitz à Sun Tzu : la domination impériale militaire contre l’ascendant psychologique sur l’adversaire. La Chine a une histoire de 2000 ans et ne veut pas dominer ses voisins ; la politique d’endiguement utilisée contre l’URSS lors de la Guerre froide est donc inadaptée, dit Kissinger.

 

Neutraliser la capacité militaire de l’adversaire et sa capacité de menace nucléaire

Le dernier rapport annuel du Pentagone est encore plus critique que les précédents sur la montée en puissance de l’Armée populaire. Donald Rumsfeld a accusé la Chine début Juin 2005 de « dépenser beaucoup plus pour son budget de défense que les responsables ne l’admettent ». Washington reproche de ne pas inclure dans ses calculs les frais de recherche et développement ainsi que certaines dépenses de personnels. Les Etats-Unis ont beau jeu de critiquer le budget militaire chinois, celui-ci reste quatre fois moins important que le leur.

Docteur en Histoire, Konstantin Asmolov, membre du centre d’études coréennes de l’Institut d’études orientales de l’académie des sciences de Russie vient d’écrire un article dont l’intitulé ne prête à aucune confusion :

- La plus grande peur des Etats-Unis se concrétise. La Chine a depuis longtemps endossé le statut de grande puissance et elle est prête à défier les États-Unis, même sur le plan global. C’est lié au fait que depuis la chute du communisme, le confucianisme est le seul modèle de développement étatique susceptible d’être une alternative aux valeurs occidentales. De nombreux changements de stratégies militaires récents en Extrême orient ne se font pas seulement contre la Corée, comme on aime à le dire à Washington, mais aussi contre la Chine.
La plupart des guerres faites par les Américains ces derniers temps, l’étaient contre des adversaires plus faibles militairement et dont le régime était fragile et démoralisé. Ils ont ensuite fait faire le travail par d’autres, comme l’alliance du Nord en Afghanistan. Dans le cas de la Corée, c’est plus compliqué, ils ne trouveront pas d’alliés sur place. La Chine mène toute une série de programmes militaires. Les Etats-Unis, eux, restructurent leurs forces, particulièrement leur flotte. Ils veulent adapter leur système de défense anti-missiles. Actuellement, l’arme nucléaire est telle que vous n’avez pas le temps d’esquiver si l’on vous tire dessus, vous pouvez seulement tirer en réponse. Cela donne au final deux cadavres ou un cadavre et un blessé grave et cette possibilité ne convient pas à Washington. Les Chinois préparent des missiles capables de contourner le bouclier et sont donc capables de maintenir le statu quo et le rôle politico-stratégique de l’arme nucléaire. Actuellement, l’idée de « guerre nucléaire globale » a une signification plus grande pour les gens. Les théories de l’hiver nucléaire global et des antiglobalistes ont leur effet et l’arme atomique n’est plus seulement un moyen de mener des guerres mais un puissant instrument de pression.


La Chine comprend que les programmes américains menacent directement sa force de dissuasion, et va probablement réorienter ses priorités de développement économique vers la défense. Elle s’est particulièrement alarmée, écrivent Steinbruner et Lewis, d’un document de planification à long terme rédigé en 1998 par l’US Space Command, où se trouvait exposé un nouveau concept d’engagement planétaire, prévoyant des capacités de frappe basées dans l’espace, qui permettraient aux Etats-Unis d’attaquer n’importe quel pays et d’interdire à toute autre puissance d’installer des capacités semblables. On comprend dès lors que les travaux de la conférence des Nations Unis sur le désarmement sont dans l’impasse depuis 1998 parce que la Chine veut absolument maintenir l’usage exclusivement pacifique de l’espace et que Washington s’y refuse, ce qui l’a coupé de nombre de ses alliés et a créé une situation d’affrontement.

Le plus haut responsable chinois du désarmement a observé :

- Quand les Etats-Unis s’estimeront dotés à la fois d’une très bonne lance et d’un très bon bouclier, il est possible qu’ils en concluent que nul ne peut leur nuire et qu’eux-mêmes peuvent nuire à qui ils veulent, n’importe où dans le monde.

La Chine est tout à fait consciente d’être la cible des nationalistes radicaux qui conçoivent la politique de Washington, et probablement la première visée par le message de la stratégie américaine de sécurité nationale. Il n’échappe pas non plus aux dirigeants chinois que les Etats-Unis se disent en droit d’utiliser leurs armes nucléaires les premiers. Et ils savent aussi bien que les experts américains que les vols d’avions EP-3 à proximité de la Chine, dont l’un a été abattu début 2001, ce qui a provoqué une mini-crise, ne sont pas là seulement pour la surveillance passive. Ces avions collectent des informations qui servent à élaborer les plans de guerre nucléaire.

La Chine peut tirer avantage de l’étendue de son territoire qui la rend moins vulnérable aux éventuelles attaques nucléaires, et de sa bordure côtière largement ouverte sur le pacifique. Mais les Américains ont l’ambition de maîtriser l’espace et cette initiative unilatérale relance la course aux armements de tous les côtés, y compris en Chine où la fusée Longue Marche ouvre non seulement la porte de l’espace mais aussi met les Etats-Unis à portée de tir.

Concernant l’armement conventionnel, il est de notoriété que l’Union européenne compte lever prochainement l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine. Au sein de l’Union, la décision est prise. Londres a fini par se ranger du côté de Paris et Berlin pour mettre un terme à ces sanctions « obsolètes ». Il reste à « fixer une date » et à « calmer Washington » résume-t-on à Bruxelles. Mais Washington ne se calmera pas si facilement. De passage à Pékin le 16 juillet 2005, Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a rappelé que la levée de serait subordonnée au respect des droits de l’homme. Deux progrès attendus sont la ratification de la convention de l’ONU sur les droits civiques et politiques, ainsi que la situation des prisonniers de conscience. Toutefois, il est évident que l’arbitrage sous la houlette américaine est plus que négatif, les Etats-Unis ayant menacé l’Europe de représailles tous azimuts si cette dernière continuait de faire la sourde oreille aux recommandations d’outre atlantique.

 

Affaiblir la géopolitique de l’adversaire et son unité politique intérieure


En 2003, la RAND Corporation a identifié huit risques majeurs pour la croissance économique de la Chine dans la prochaine décade :

- Fragilité du système financier et des entreprises d’Etat
- Effets économiques de la corruption
- Problèmes de ressources d’eau et de pollution
- Possibilité d’un retrait des investissements étrangers
- Expansion du Sida et des épidémies (SRAS, autres pandémies…)
- Chômage, pauvreté, frustration sociale
- Consommation d’énergie et montée des prix
- Taiwan et autres conflits potentiels

Dans « autres conflits potentiels » ont peut classer par exemple les conflits sécessionnistes religieux comme l’épine du Tibet, ou les populations du Sin-Kiang, dont 7 millions de Ouigours musulmans avec un taux de natalité élevé. L’étude confirme que la probabilité qu’aucun de ces développements ne voie le jour avant 2015 est faible, et indique qu’ils arriveront probablement groupés plutôt qu’individuellement, un problème économico-financier entraînant par exemple une augmentation de la corruption, de la pauvreté, du chômage, et le tarissement de l’investissement étranger.

Les Etats-Unis, probablement, éprouvent le souhait d’agir pour déstabiliser le régime chinois de l’intérieur, en visant ses points faibles

- utiliser à nouveau l’arme de l’islamisme comme ils l’ont fait naguère contre l’Union Soviétique par exemple

- et brider ainsi la montée en puissance de l’empire du milieu.

Mais c’est un jeu dangereux, car la Chine tient en respect les Etats-Unis en ce sens qu’elle détient un nombre de créances en dollars capable d’écrouler l’économie américaine si elle réclamait le remboursement de ses créances. C’est le jeu du « je te tiens, tu me tiens, par la barbichette. Le premier qui rira… » aura perdu la partie. Sauf qu’en dernier ressort, l’Amérique a les moyens de se déclarer « mauvaise perdante », atout dont ne dispose pas la Chine qui pourrait subir les foudres d’une attaque nucléaire globale beaucoup plus efficace que ce qu’elle serait en mesure d’infliger à l’heure actuelle.

 

Taiwan, un point chaud

Le 17 juillet 2005, Julie Desné indique dans les pages du Figaro que le général chinois Zhu Chenghu, un haut responsable de l’armée, a déclaré à des journalistes étrangers à Honk Kong qu’en cas de conflit avec Taiwan :

- Si les américains tirent sur le territoire chinois, nous aurons à répondre avec des armes nucléaires.

L’Armée populaire a acheté ou construit assez de sous-marins, d’unités amphibies de débarquement, d’avions et de missiles pour faire peser une menace immédiate sur Taiwan, estime le Pentagone. Plus qu’un point stratégique, Taiwan est un symbole de la lutte sino-américaine. La promesse faite à Taiwan par les Etats-Unis de leur fournir un bouclier anti-missiles (Theater Missile Defence) risque de renverser le rapport de forces et la Chine pourrait être prise par l’envie d’intervenir avant que celui-ci ne soit opérationnel. Dans tous les cas, Taiwan est, et restera, un test grandeur réelle de la volonté d’affrontement, ou de retenue, des deux superpuissances.

 

Les manœuvres sino-russes

La Chine et la Russie ont lancé le 18 août 2005 leur plus vaste exercice militaire aéronaval commun, de la rive ouest du Pacifique jusqu’à la mer jaune. Baptisée « Mission de paix 2005 », pour afficher une façade politiquement correcte, l’exercice conjoint ne cache cependant pas une nouvelle fraternité antiaméricaine. Le dispositif a déployé dix mille hommes, soixante dix bâtiments de guerre, des dizaines d’avions de combat, des bombardiers stratégiques russes Tu-95 et Tu-22M, ainsi que des sous-marins chinois flambant neufs, ceux qui inquiètent l’US Navy en haute mer.

 

Le naufrage du Koursk

Le film de 70 minutes du réalisateur Michel Carré « Un sous-marin en eaux troubles », consacré au naufrage du Koursk, survenu en août 2000 dans la mer de Barentz, a été diffusé sur la chaîne France 2 le 7 janvier 2005. Le réalisateur y dévoile une version du naufrage aux antipodes de la déclaration officielle servie à l’opinion mondiale, y compris à l’opinion russe. Plusieurs sources s’accordent sur les grandes lignes de l’histoire et rejoignent Carré dans son interprétation, le physicien Jean-Pierre Petit par exemple qui fut l’un des premiers à remettre en doute les explications de la marine russe.
Le Koursk est un sous-marin gigantesque, de la taille d’un terrain de football. On le surnomme le « tueur de porte-avions » parce qu’il dispose de missiles de croisière (mer-mer) Granit ultra-modernes, capables de filer à Mach 2 en évoluant au ras de l'eau, portant chacun une demi-mégatonne, c'est-à-dire l’équivalent de cinquante fois la puissance d’Hiroshima. Aucun navire ne pourrait espérer en réchapper, le contact avec la cible n’étant pas même nécessaire étant donné la puissance de la déflagration. Mais ce qui fait l’intérêt de l’armement du Koursk se situe ailleurs : les tubes de tir ont été élargis à un mètre de diamètre pour accueillir une torpille super véloce. Sur ce point, les avis divergent. Pour Michel Carré, il s’agit d’une torpille au peroxyde d’oxygène, avec de l’eau oxygénée pour comburant ; la Sqwal se propulsant à la manière d’une fusée sous l’eau en créant un film gazeux autour d’elle, le long de sa progression. Ce à quoi Petit rétorque que la torpille Sqwal est un modèle dépassé qui date de 30 ans, les Américains disposant d’un équivalent dans la torpille Supercav. D’après le physicien, spécialiste de la MHD (Magnéto-Hydro-Dynamique), la torpille du Koursk serait un modèle MHD, capable d’atteindre des vitesses incroyables au sein du milieu liquide. Quelle que soit la véritable technologie de pointe qui équipe cette torpille de haute vélocité, l’essentiel est qu’elle se trouve au centre de négociations commerciales entre la Russie et la Chine. Le Koursk, passé en immersion périscopique, s'apprêtait à effectuer devant des observateurs chinois une démonstration des capacités de la torpille. D’après ce que des agents auraient déclaré à Petit lors d’une conversation en tête à tête, des officiels chinois avaient rejoint le sous-marin en hélicoptère après son départ de Mourmansk. L’un d’eux était général. Des arabes les accompagnaient également, mais ses informateurs avouaient ne pas connaître leur pays d’origine. Ce qui se passa ensuite n’est pas l’explosion accidentelle d’une des torpilles, loin de là. En réalité, les Etats-Unis suivaient l’affaire de très près, plusieurs sous-marins américains étaient sur la zone de manoeuvre. Washington avait donné ses ordres, les Russes ne devaient en aucun cas vendre cette technologie aux ennemis de demain : les Chinois. Cette technologie, même en équipant de vieux sous-marins bruyants de la classe Han, leur aurait donné un avantage décisif dans tout conflit maritime, spécialement dans la zone Pacifique où les Etats-Unis règnent sans partage. Les informateur aurait précisé : « Les Américains ne craignent qu'une chose, maintenant : que les Russes dotent les Chinois en technologies de pointe, qu'ils accélèrent leur développement. Ils sont assez actifs au plan du renseignement. Quand des trucs doivent être transportés, c'est par sous-marins. Quand les Américains veulent contrecarrer cela, ils coulent le sous-marin russe, carrément. »

Un sous-marin nord-américain a donc coulé le Koursk, ce qui, au passage, aurait pu provoquer une riposte nucléaire de la Russie, mais Clinton aurait immédiatement calmé Poutine en lui promettant de forts dédommagements (saluons le sang-froid des Russes qui auraient pu appuyer sur la gâchette avant de demander une explication). De quelle manière le géant des mers fut-il abattu ? Cela demeure un mystère. Le film de Carré montre une fusée propulsée à poudre tandis que le commentaire évoque un modèle américain MK-48. Or la MK - 48 est un ancien modèle à hélice. Jean-Pierre Petit affirme qu’il est impossible que le Koursk ait été coulé par une torpille à poudre, parce qu'on n'a pas enregistré le bruit infernal de ces engins quand, avant l’impact, ils crachent du gaz à haute température, très turbulent dans l'eau. Petit penche plutôt vers une technique de « tir de contact », une sorte d’abordage avec détonation d’une charge creuse qui met en mouvement rapide une surface métallique générant une onde de choc agissant comme un « ouvre-boîte ».

J.P.Petit : d'où les deux détonations enregistrées, la première correspondant à la mise en oeuvre de l"ouvre-boite", la seconde à l'explosion de la charge injectée par l'orifice, après que le sous-marin abordeur ait pu se mettre à distance, peut-être pas assez pour ne pas être lui-même endommagé. D'où sa fuite en surface vers un slip norvégien où une réparation de fortune put être opérée avant que le sous-marin ne trouve refuge dans une cale sèche anglaise, fermée.


Selon Carré, lorsque le navire amiral Pierre le Grand, commandé par l'amiral Popov, aurait été averti du naufrage, il se serait éloigné du site au lieu de se porter sur les lieux. Tout ceci devenait une affaire d’Etat, la présence des acheteurs Chinois à bord devait être cachée. Dès lors, on interprète mieux l’attitude des Russes qui déployèrent une série de stratagèmes pour laisser l’équipage du Koursk périr (une partie de celui-ci était encore en vie, des SOS frappés sur la coque auraient été entendus pendant des jours) et refuser les aides offertes par les nations occidentales.

La profondeur à laquelle le Koursk, long de 154 mètres, reposait était est ridiculement faible : 108 mètres. Compte tenu de sa hauteur, le pont supérieur se situait à seulement 80 mètres de la surface. Pendant la guerre de 39-45 des évacuations à 60-80 mètres de profondeur étaient monnaies courantes, avec des systèmes individuels peu sophistiqués. Aujourd'hui les sous-marins disposent d'équipements individuels permettant d'évacuer leurs équipages à des profondeurs atteignant 600 mètres. Seule explication : le croiseur Pierre le Grand aurait envoyé au Koursk un ordre codé verrouillant toutes ses issues. Pendant des dizaines d'heures les Russes ont prétendu ne pas localiser l'épave alors qu'il est aisé de distinguer une telle masse dans un fond aussi faible.

Par la suite, lors du renflouement du submersible, les plongeurs étrangers avaient l’interdiction absolue de s’aventurer à l’avant du sous-marin. L’avant a été ensuite découpé par les Russes puis remonté. Comme le souligne Petit, « ce ne sont pas des considérations humanitaires qui ont amené les Russes à renflouer le Koursk. Il fallait récupérer les missiles Granit et leurs charges thermonucléaires. Il y avait aussi la ou les torpilles MHD ainsi que les tubes de tir, élargis à un mètre de diamètre ».

En résumé, l’histoire du Koursk fut le résultat d'une attaque américaine visant à dissuader les Russes d'exporter des technologies avancées en direction de la Chine, ce qui donna lieu à un immense mensonge d’Etat et, accessoirement, aux conditions normalement susceptibles de déclencher une guerre nucléaire majeure. Voirle dossier "Koursk" sur le site de J.P.Petit.

 

Dernières brèves :

Publiée le 16 mars 2006 par la Maison Blanche, la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine réaffirme l’option des frappes préventives. Elle critique aussi la Chine pour ses « mode de pensée et d’action dépassé » et ses velléités de « verrouiller les sources d’énergie ».

Un tiers du déficit commercial américain (605 milliards de dollars) est imputable aux importations chinoises. Washington dénonce sans relâche ces échanges ni « équitables », ni « équilibrés », et menace d’accuser Pékin de manipulation monétaire.

« Ce n’est pas la course aux armements, mais le signal est immanquable », écrit Jean-jacques Mével dans Le Figaro du 18 mars 2006 à propos de la confrontation américano-chinoise du point de vue militaire. Quelques jours après l’annonce par Pékin de l’augmentation de son budget militaire de 14% pour 2006-2007, Washington – qui prévoit d’augmenter son budget militaire de 7% pour la même période - annonce le renforcement de ses moyens aériens dans le Pacifique.

 

Article concernant la flotte sous marine chinoise sur http://www.corlobe.tk :

Les tendances en matière de puissance maritime dans l’Océan Pacifique sont de mauvais augure. D’ici 2025, la marine chinoise pourrait être la puissance dominante dans le Pacifique. Selon certaines estimations, les sous-marins d’attaque chinois pourraient être 5 fois plus nombreux que les sous-marins américains dans le Pacifique. Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins chinois vont rôder le long du littoral Pacifique américain, chacun suivi comme son ombre par 2 sous-marins d’attaque américains qui ont des choses plus utiles à faire.

Une diplomatie déplacée rend certains commandants de l’U.S. Navy très réticents à admettre publiquement que l’expansion très rapide de la force sous-marine chinoise dans le Pacifique est une menace, mais, si la revue quadriennale de la Défense (QDR) et le dernier rapport du Pentagone "Rapport sur la Puissance Militaire de la République Populaire de Chine" (rapport PMRPC) sont des indications, ils y pensent sans aucun doute. Dans un discours devant l’Asia Society à Washington au début du mois, par exemple, l’Amiral Gary Roughead, commandant de la flotte US dans le Pacifique, a déclaré : « Il n’y a aucun doute que la Marine chinoise se modernise, augmente ses capacités et avance très rapidement, mais quelle est l’intention ? »

 

Les intentions chinoises

La QDR (la revue quadriennale de la Défense) s’intéresse à la question des intentions chinoises :

La modernisation militaire chinoise s’est accélérée depuis la deuxième moitié des années 1990 en réponse aux exigences de la direction centrale de développer des options militaires contre les scénarios de Taiwan. L’augmentation de la puissance militaire chinoise perturbe déjà l’équilibre régional des forces. La Chine va probablement continuer à faire des investissements importants dans certaines capacités militaires, mettant l’accent sur l’électronique et l’informatique, les missiles balistiques et de croisière, les systèmes intégrés de défense anti-aérienne, des torpilles de nouvelle génération, des sous-marins améliorés, des frappes nucléaires stratégiques depuis des systèmes modernes et sophistiqués basés à terre et en mer, des drones...

Selon le résumé du PMRPC, l’intention spécifique chinoise est de "se doter des moyens de répliquer aux interventions extérieures, y compris une éventuelle intervention américaine dans une crise dans le détroit [de Taiwan]." Le rapport continue en indiquant que "dissuader, combattre ou retarder une intervention étrangère avant la capitulation de Taiwan est une partie importante de la stratégie de Pékin." A cette fin, la Chine augmente sa "force de missiles balistiques (à courte et longue portée), de missiles de croisière, de sous-marins, d’avions de combat et d’autres systèmes modernes."

 

Les objectifs de la puissance maritime chinoise

S’ils sont curieux des intentions chinoises, les planificateurs du Pentagone peuvent examiner les commentaires du Général Wen Zongren, commissaire politique de l’Académie des Sciences Militaires de l’Armée Populaire de Libération de la Chine. Le rapport PMRPC cite le Général Wen : la Chine doit "briser" le "blocus [par] les forces internationales contre la sécurité maritime de la Chine... Seulement lorsque nous aurons brisé ce blocage pourrons-nous parler de la montée en puissance de la Chine... La Chine doit passer par les océans et sortir des océans dans son développement futur." En fait, un objectif explicite du Parti Communiste Chinois est "d’augmenter la puissance de la nation."
La marine chinoise - et en particulier sa flotte sous-marine - est un outil clé pour atteindre cet objectif. La promotion en septembre 2004 de l’amiral Zhang Dingfa, sous-marinier de carrière, comme chef d’état-major de la Marine de l’Armée Populaire de Libération avec un siège de plein exercice à la Commission Militaire Centrale était un signal clair de l’importance de la guerre sous-marine dans la stratégie chinoise pour la région Asie-Pacifique.

 

Une force sous-marine de plus en plus importante

L’Amiral Zhang a mené le programme de modernisation des sous-marins chinois et supervisé l’acquisition de 4 sous-marins moderne de la classe Kilo de construction, y compris le type 636 furtif. Des commandes de 8 sous-marins supplémentaires ont été passées, la livraison des premiers nouveaux submersibles devant être livrés ce mois-ci. Que 3 chantiers navals russes soient au travail pour remplir les commandes chinoises de nouveaux sous-marins montre l’urgence de cette montée en puissance.

L’Amiral Zhang ne s’appuie pas seulement sur les Russes. Il a aussi augmenté la production - à 2.5 navires par an - de la nouvelle et formidable classe Song de sous-marins diesel électriques chinois. La Chine teste aussi une nouvelle série de sous-marins diesel électrique que la communauté des services de renseignement de la défense a baptisé sous le nom de code "Yuan". Le Yuan est grandement inspiré par des conceptions russes, y compris le revêtement de tuiles anéchoïques et une hélice à 7 pâles extrêmement silencieuse and a super-quiet seven-blade screw. L’ajout d’un système de propulsion AIP ("air-independent propulsion"), qui permet à un sous-marin de rester en plongée jusqu’à 30 jours sans recharger sa batterie, va rendre les sous-marins des classes Song et Yuan virtuellement indétectables par les réseaux américains de surveillance - et même par les sous-marins américains.

Ces nouveaux sous-marins seront encore plus dangereux lorsqu’ils seront armés de torpilles SKVAL ("Squall") russes, qui peuvent atteindre une vitesse de 200 nœuds. Certaines informations laissent croire que le SKVAL est déjà opérationnel sur certains sous-marins chinois. De plus, la Russie a aussi transféré le missile de croisière anti-navire Novator 3M-54E à 3 étages à la flotte sous-marine chinoise. Ils sont principalement conçus pour être utlisés contre des porte-avions. Chaque sous-marin chinois de la classe Kilo est armé de 4 de ces missiles.

La flotte chinoise de sous-marins d’attaque modernes continue d’augmenter : la Chine possède déjà aujourd’hui 10 sous-marins de la classe Song/Yuan/Kilo dans le Pacifique, plus de 50 sous-marins plus anciens des classes Ming et Romeo, 5 sous-marins nucléaires d’attaque de la classe Han, et un sous-marin lanceur d’engins de la classe Xia. De plus, la Chine a actuellement commandé 25 nouveaux sous-marins en construction, 16 sont en construction, dont une nouvelle classe de sous-marin nucléaire d’attaque, le type 093, et un nouvel SNLE, le type 094.

 

La suprématie sous-marine américaine en danger

En février 2005, le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld avait déclaré que la taille de la flotte chinoise pourrait dépasser celle de l’US Navy d’ici à une décennie. "C’est une question à laquelle le département réfléchit, s’inquiète et est très attentif." Cet été, l’U.S. Navy a effectué une série d’exercices maritimes majeurs dans le Pacifique, qui a impliqué 4 groupes de bataille de porte-avions, dont un normalement basé sur la côte Est. C’était la première fois depuis la Guerre du Vietnam que la Navy déployait un porte-avions de la flotte Atlantique pour un exercice dans le Pacifique.

                                          M. Tkacik est un chercheur sur la politique chinoise au centre d’étude asiatique de la Fondation Héritage.

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